CQFD

Mme G. : je voudrais quelque chose de facile à lire, mais un peu littéraire quand même.
Moi : ah, bon heu… (mon regard tombe sur « La Porte des enfers » de Laurent Gaudé, une revisite du mythe d’Orphée et Eurydice avec un enfant dans le rôle du mort), ça c’est beau et bien écrit mais bon c’est triste.
Mme G. : ah non, je veux pas quelque chose de triste.
Moi : et Jean-Philippe Toussaint, vous connaissez ? C’est quand même très drôle même si dans le fond c’est un petit peu triste, et bon c’est littéraire quand même (et hop voilà comment je refile du minuit l’air de mine que rien).
Mme G. : ah je connais pas non, pourquoi  pas, je vais essayer [en plus d’être sympathique, Mme G. est conciliante et ouverte, une lectrice idéale en somme].
Moi : et puis tant qu’on est au « T » essayez Tremblay, on rigole bien.
Mme G. : bon, très bien merci (elle se retrouve avec trop de livres dans les mains, repose, reprend, refait son tas, pendant que je l’attends derrière la banque de prêt).
Moi : voilààààà… vous avez  de quoi passer quelques bons moments… Ah mais tiens vous avez pris le Gaudé ? Comme c’est triste je croyais que vous ne le vouliez pas.
Mme G. : C’est triste ?
Moi : Ben oui, y a un mort quand même.
Mme G. : Ah non mais un mort c’est pas grave ! Ca me gêne pas. Tant qu’il est pas malade…

(BF)

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1 commentaire

  • medamik dit :

    Commentaires de l’ancien blog :

    Je constate que vous tirez quelque satisfaction à « refiler » du Minuit à vos lecteurs. J’ai déjà eu l’occasion d’observer ce sentiment de petite victoire à faire circuler du Minuit, de la crème de « littéraire » et d’en faire moi-même l’expérience en certaines circonstances de ma vie professionnelle. Aujourd’hui, ça m’interpelle tout de même un peu, ça me laisse perplexe. Depuis que j’ai lu Christian Oster peut-être (j’ai eu le triste sentiment que, pour apprécier pleinement le nectar de sa prose, il n’était pas inutile de compter quelques prédispositions, parmi lesquelles : avoir une situation sociale embourgeoisée, travailler dans le monde de la culture et, tout ceci étant posé, avoir beaucoup de temps à consacrer à de profonds questionnements existentiels qui échappent globalement aux bêtes travailleurs de force). Ou du Gailly (ça swingue, ça se lit d’une main tandis qu’on claque des doigts de l’autre, youp, boum, tsing tsong, oui bon, les premières pages c’est rigolo). J’ai eu aussi du plaisir à lire du Minuit (Toussaint donc, ou Chevillard) mais, si l’habit ne fait pas le moine, l’étiquette Duras/Beckett ne fait pas le bon livre. Un bon Fayard vaudra-t-il toujours moins qu’un Minuit ?
    Commentaire n°1 posté par Heugé le 11/05/2009 à 08h19

    L’habit ne fait pas le moine, d’ailleurs je me suis déjà fait avoir (voir plus bas la princesse des glaces, mais vous ou votre frère avez vu je crois), mais dans l’ensemble, y a de la tenue chez eux (c’est mon côté bourgeois qui ressort, j’y peux rien, question d’éducation sans doute).
    Commentaire n°2 posté par BeuFeu le 11/05/2009 à 23h38

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