Sonatine

Les (jeunes) éditions Sonatine ne se mouchent pas avec le coude, comme aurait dit mon père. Une jolie couverture avec photo pleine page, une quatrième de couverture qui promet « tension dramatique oppressante », art de l’intrigue « machiavélique », ou encore « roman d’une intensité exceptionnelle »  (qui dit mieux ?).  Proposant de jeunes auteurs dans une veine de polar noir proche de celle de Rivages/Thriller, Sonatine appuie ses quatrièmes dithyrambiques sur le patronage d’auteurs comme Ellroy, Pelecanos, King, Ellis (qui dit mieux ?). Alors, que cache cette surenchère à la limite du raccolage ? Vérité ou intox ?

J’ai commencé avec Seul le silence, que j’ai beaucoup aimé, sans pour autant être le chef-d’oeuvre promis. Vint Ceux qu’on aime, de Steve Mosby. Et là, dégringolade. Que c’est mauvais, que c’est mal écrit. Enfin disons que ça se lit, mais que l’emballage promettait quelque chose d’un peu plus profond, d’un peu plus fouillé, d’un peu plus sensé. Clichés et situations invraisemblables s’enchaînent, les personnages sont inexistants, l’histoire, abracadabantesque : un tueur prend pour cible de jeunes femmes isolées, qu’il attache à leur lit et laisse mourir de faim et de soif. Il utilise leur mail et leur portable pour répondre aux messages de leur famille et amis qui pourraient s’inquiéter (avec toujours le même message en sms…) et quand elles sont mortes leur envoie un « vous m’avez laissé mourir » tragique. Bon. Ça aurait pu être bien. Mais c’est n’importe quoi, un téléfilm du jeudi soir sur M6 (ah, ça n’existe plus depuis 1992 ?). On nous promet du Ellroy, on nous fait miroiter du Pelecanos, c’est du Coben.

Mais comme je suis dure à la comprenette, j’ai remis ça avec Viens plus près, de Sara Gran. Bon, c’est mieux. Une femme a des visons, son comportement se modifie, possession ou schizophrénie ? C’est bien écrit, ça marche pas mal. Mais rien de bouleversant non plus, on est loin de Rosemary’s Baby, et je n’ai pas eu peur, moi qui suis pourtant un être fragile, sensible, et peu enclin à lire des trucs bizarroïdes style SF. (alors que j’étais terrorisée en lisant Rosemary’s Baby).  Et Bret Easton Ellis qui en  dit « c’est le meilleur roman que j’aie lu depuis longtemps ». Y a un truc qui m’échappe. Ou ces gens ont besoin de sous, ou abusent de drogues, ou se font vieux. Pas brillant tout ça. C’est au polar ce que la soupe chinoise lyophilisée est à la gastronomie : de temps en temps une petite régression ça fait du bien, mais ça nourrit pas son homme (enfin sa femme dans le cas présent).

Prenez McCarthy, tiens. Mieux vaut lire Méridien de sang, l’épopée brutale de mercenaires sanguinaires,  horde de singes menée par le charismatique Juge, payée au scalp, sale, dormant à même la pierre, se lavant dans une rivière quand il y en a une, littéralement sans feu ni lieu, pillant, massacrant sans état d’âme. Une vraie écriture, de l’aventure, du sens, des personnages, des paysages, une littérature musclée, faite de tripes et de moëlle, quoi !

BF

Viens plus près, Sara Gran, RP GRA

Ceux qu’on aime, Steve Mosby, RP MOS

Meridien de sang, Cormac McCarthy, R MCC (à la BDP, sur demande)

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2 commentaires

  • MB dit :

    J’ai testé « Ceux qu’on aime », je voulais savoir si c’est aussi médiocre que tu l’avais dit. Pffff !!! Lu une page sur 10, des digressions en permanence, une histoire cousue de fil blanc (on devine qui est l’assassin avant d’avoir atteint la moitié du livre), c’est vraiment pas avec des livres comme ça que je vais avoir envie de me remettre à lire des romans. Allez, vite, un manga !

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