La Vie devant soi

Je m’appelle Mohammed mais tout le monde m’appelle Momo pour faire plus petit. Pendant longtemps je n’ai pas su que j’étais arabe parce que personne ne m’insultait. On me l’a seulement appris à l’école.

Momo, dix ans ou à peu près, est un « fils de pute » . Avec d’autres enfants « nés de travers » comme lui, il habite chez madame Rosa, parce que leurs mères « se défendent avec leur cul » , et que du coup il y a incompatibilité. Madame Rosa, juive rescapée d’Auschwitz, ancienne prostituée, est vieille, moche et grosse, et dans la vie elle n’a que Momo, et Momo n’a qu’elle. Ils vivent dans un vieil immeuble, avec d’autres enfants (Moïse et Banania), une « travestite » et des frères camerounais, « venus en France pour la balayer » : La première chose que je peux vous dire c’est qu’on habitait au sixième à pied et que pour Madame Rosa, avec tous ces kilos qu’elle portait sur elle et seulement deux jambes, c’était une vraie source de vie quotidienne, avec tous les soucis et les peines. Elle nous le rappelait chaque fois qu’elle ne se plaignait pas d’autre part, car elle était également juive. Sa santé n’était pas bonne non plus et je peux vous dire aussi dès le début que c’était une femme qui aurait mérité un ascenseur.

Succès colossal à sa publication, ce livre est vraiment incroyable. Innervé par une langue inventive, drôle, pleine d’images saugrenues (c’est Momo qui raconte), ses thèmes centraux, à la fois simples et fondamentaux, sont le besoin d’amour et la peur de la mort. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un roman misérabiliste formaté pour faire pleurer dans les chaumières. Mais toujours il oscille avec grâce sur la crête de l’émotion,  par la vertu de cette écriture si fraîche et tellement pleine de vie, qui provoque des rires, et,  bien sûr, quelques larmes aussi. BF

La vie devant soi / Romain Gary (alias Emile Ajar)



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