En un monde parfait

Jiselle, la trentaine mince et jolie, hôtesse de l’air, condamnée, à vie semble-t-il, au rôle de demoiselle d’honneur, voit sa vie déjà si lisse s’harlequiner totalement lorsque le beau et charismatique Mark, pilote de ligne qui fait chavirer le coeur de toutes les femmes, la demande en mariage. Vous vous croyez chez Danielle Steel ? Restez, vous êtes chez Laura Kasischke. Tout n’est pas si mièvre qu’il y parait, et comme toujours il y a quelque chose de pourri dans le royaume de Kasischke : Jiselle est fragile et timide, Mark se révèle rapidement aussi absent que peu fiable, ses enfants sont odieux. Dernier détail : le monde s’écroule tranquillement tout autour (le livre s’ouvre d’ailleurs sur la mort de Britney Spears, qui succombe à la mystérieuse pandémie à laquelle l’Amérique est en proie).

Que faire quand tout s’effondre (le monde,  les liens filiaux, votre mariage) et que vous êtes tellement gentille ? Jiselle va faire preuve de courage, d’intelligence, d’adaptation, trouvant peut-être enfin sa place sur terre quand ce monde parfait et aseptisé à la « American beauty » n’existe plus. Le salut construit patiemment dans le réconfort et la sécurité de la sphère familiale et la nature redécouverte. Amen. Avec dans le rôle de la mère parfaite, devinez qui ?

Est-ce que c’est parce que ça fait le troisième livre que je lis  se situant à la lisière de la fin du monde (tel que nous le connaissons du moins)(après La route et L’éternité n’est pas si longue) ? J’ai trouvé les autres plus originaux et, contrairement aux éminents critiques de tous bords, ce roman-là de Kasischke ne me semble pas forcément son meilleur. Beaucoup plus prévisible, moins étrange, moins inquiétant, moins subtil, presque naïf (ce qui, pour ceux qui suivent, est un comble). Avec une note finale d’optimisme surprenante chez cette auteure (mais pas vraiment désagréable).

Malgré ces réticences je l’ai lu quasiment d’une traite, parce que, comme à chaque fois, j’ouvre, et, oups, en un clin d’oeil, j’ai déjà avalé 70 pages. La narration est juste parfaitement habile, avec cette inimitable petite touche de poésie étrange qui rehausse le texte, l’angoisse n’est tout de même jamais loin, et l’imagerie du conte de fée, la place de l’homme, ainsi que le bestiaire envahissant mériteraient à mon sens une étude de spécialiste. BF

En un monde parfait / Laura Kasischke, R KAS

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