Ce que j’appelle oubli

A Lyon, en décembre 2009, est survenu un violent fait-divers : un SDF entre dans un supermarché, ouvre une canette de bière et la boit. Quatre vigiles interviennent, entraînent l’homme dans un hangar où ils le battent à mort.

Ce que j’appelle oubli, dans une écriture dense et d’une maîtrise remarquable, non exempte cependant à mon sens d’une subtile touche de prétention et de pose (« je suis auteur chez Minuit, moi« , genre)(comment ça je suis mauvaise ?), plonge le lecteur dans 62 pages constituées d’une seule phrase, dont il est de ce fait, mais pas que,  impossible d’arrêter la lecture.  Le narrateur s’adresse au frère de la victime  (et à son frère humain, le lecteur), parlant de l’homme et de l’enfant derrière le SDF,  oubliés par tous et depuis longtemps, par la lâcheté ambiante, par eux, par vous, par moi,  par les vigiles. Laurent Mauvignier sort ainsi cet homme de l’abandon dans lequel le fait-divers, par sa nature même, l’avait laissé. Un texte qui raconte, sans pathos, sans moralisme, la violence,  l’absurdité, le sordide de cette mort,  dont le scandale ultime est qu’elle a eu lieu maintenant. Pour une canette de bière. Parce que pour un Caddy rempli de canettes, le scandale aurait été moins grand  ? interroge le procureur.

Un texte très fort, prenant, dont la lecture chamboule durablement.

Ce que j’appelle oubli / Laurent Mauvignier, R MAU

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