Anesthésie générale

Oh. My. Goooood !!!!

Quel bouquin.

Retour de Manny Rupert, l’ex-flic sous codéïne d’ A poil en civil, séparé de la tendre Tina (rencontrée alors qu’elle venait d’assassiner son mari à grand renfort d’ampoule pilée et de Destop mélangés à ses Lucky Charms).

Fauché et déprimé, il accepte (un peu obligé), de s’infiltrer à la prison d’Etat de San Quentin (Californie), pour enquêter sur l’identité d’un détenu de 97 ans qui prétend être Joseph Mengele (l’Ange de la Mort d’Auschwitz, officiellement décédé en 1979, réputé pour sa gentillesse avec les petits enfants, à qui il donnait des sucettes avant de leur enlever le foie sans anesthésie). Manny a une couverture en bois : animer un atelier de parole sur la dépendance aux stupéfiants… Et c’est parti pour 450 pages de situations impossibles et délirantes, de personnages complètement dingues (du maton en pleine transformation sexuelle à la confrérie des putes vierges chrétiennes), de dialogues surréalistes, d’humour encore plus trash et déjanté que dans le précédent opus de Stahl, menées à un rythme frénétique et d’une écriture survoltée. Roman décapant et culoté, Anesthésie générale est aussi solidement documenté, rappelant les liens idéologiques et économiques qui unirent le Troisième Reich et l’Amérique (qu’Hitler admirait : la stérilisation des Noirs, les expériences sur les prisonniers, aaaaach !), la complaisance des dirigeants américains envers les scientifiques nazis lors de l’opération paperclip entre autres, et dénonçant rageusement la couleur largement raciste et antisémite ainsi que l’obsession de pureté de l’Amérique bien pensante actuelle. S’il avait vécu, je suis persuadé que le Führer aurait aimé prendre sa retraite en Amérique. Vous comprenez ? L’objectif de la science nazie était d’empêcher les inutiles de polluer notre pur sang nordique. Et voilà que, pas plus tard qu’il y a une semaine, je vais au supermarché bio, et qu’est-ce que je vois ? Une rangée entière pleine à craquer de « purificateurs de sang ». Si seulement le Führer avait pu voir à quel point son travail a porté ses fruits. Je n’ai aucun doute qu’il aurait choisi de prendre sa retraite à Los Angeles et qu’il se serait mis au yoga. Il ne jurait que par l’homéopathie !

L’anesthésie générale, plus que celle d’un Manny sous opiacés, c’est celle d’une Amérique en mal de mémoire :  « La seule raison pour laquelle les Américains sont tellement satisfaits d’eux-mêmes, c’est qu’ils ne connaissent rien à leur propre histoire » (mais qui se souvient, en achetant son pantalon, qu’ Hugo Boss a créé les uniformes de la SS et des SA, qui seront fabriqués dans les camps ?)

Excessif, provocateur, d’un mauvais goût total, davantage sex & drug que rock’nrollAnesthésie générale constitue  à la fois un moment de lecture jubilatoire et de colère réjouissante, une formidable farce, où l’on rigole autant que l’on grince des dents.  BF

Anesthésie générale / Jerry Stahl, RP STA

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