La mémoire est une chienne indocile

mémoire perlmanLamont Williams, jeune noir du Bronx,  sort de prison, et entame une période probatoire de six mois dans un grand centre de cancérologie de Manhattan. Là, il joue son avenir, et va dans le même temps se lier avec un vieux juif polonais qui, du ghetto d’où il s’échappe, aux Sonderkommandos d’Auschwitz, va lui raconter son terrifiant parcours à l’épicentre de l’horreur.

A quelques blocs de là, vit Adam Zignelik, fils d’un héros du combat des Droits Civiques  (« L’ennemi, lui explique Jake Zignelik [son père], c’est le racisme. Mais, vois-tu, le racisme n’est pas une personne. C’est un virus qui infecte les individus. Il peut infecter des villes et des métropoles entières, et même des pays entiers. Parfois, quand les gens sont atteints, cela se lit sur leur visage. Ce virus peut aller jusqu’à paralyser des gens très bien. Il peut entraîner la paralysie du gouvernement. Partout où nous le rencontrons nous devons lutter contre. C’est ainsi qu’agissent les gens bien« ). Adam est un historien universitaire en pleine dépression.  Un concours de circonstances lui permet d’exhumer les témoignages de survivants de l’Holocauste, enregistrés en 1946 par un obscur psychologue.  Il s’agit là d’un matériau unique et inédit, d’une portée historique considérable.

S’ouvrant sur une scène de violente persécution d’une foule déchaînée à l’encontre d’une collégienne Noire admise dans une école de Blancs au début des années 60, le livre explore ce que l’humanité a pu produire de pire au 20ème siècle, et interroge le devoir de mémoire et le sens de l’histoire.

Fruit d’un colossal travail de plusieurs années, basé sur des faits et des témoignages authentiques, riche de faits historiques peu connus (sans être jamais touffu), cet énorme roman choral, maîtrisé, extrêmement renseigné, est un cours d’Histoire magistral qui se lit comme un roman.

Mais qui n’est, pourtant, à mon sens, pas tout à fait de la littérature : le lecteur est tenu par la main, accompagné pas à pas dans ce parcours hautement significatif et balisé, et n’a que la place que l’auteur veut bien lui laisser.  Point d’extrapolations, d’étonnement, d’interrogations, le « entre les lignes » est ici totalement exclu. Reste un roman historique passionnant, écrit avec un grand sens de la narration.

La mémoire est une chienne indocile : Elliot Perlman / R PER

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