Comme un roman américain

La disparition de Jim Sullivan « Là-dessus, les Américains ont un avantage troublant sur nous : même quand ils placent l’action dans le Kentucky, au milieu des élevages de poulets, et des champs de maïs, ils parviennent à faire un roman international.

Même dans le Montana, même avec des auteurs du Montana qui s’occupent de pêche, de chasse et de faire du bois pour l’hiver, ils arrivent à faire des romans qu’on achète aussi bien à Paris qu’à New-York. Cela, c’est une chose qui m’échappe. Nous avons des hectares de forêts et de rivières, nous avons un pays qui est deux fois le Montana en matière de pêche et de chasse et nous ne parvenons pas à écrire des romans internationaux.

Du jour où j’ai compris cela, je dois dire, j’ai pris une carte de l’Amérique, je l’ai accrochée sur le mur de mon bureau et je me suis dit que l’histoire entière de mon prochain livre se déroulerait là-bas, aux Etats-Unis. »

S’ensuivent 150 pages franchement réjouissantes, où l’on croisera (roman américain oblige, donc) un cinquantenaire déprimé sombrant dans l’alcool, une femme adultère, des parties de base-ball, l’ombre de la Guerre du Golfe et du 11 septembre, l’inévitable virée en Dodge Coronet, une bande-son signée Jim Sullivan, des flash-backs, des barbecues entre voisins,  et aussi un gars du FBI.

Le narrateur décide ainsi de raconter l’histoire de Dwayne Koster, tout en expliquant avec un faux sérieux et un authentique humour comment il a écrit et pensé son « roman américain » (que le lecteur ne lira pas, en fait), résumant certains passages (qu’il a finalement enlevés, ou finalement insérés), dans un va-et-vient incessant entre l’histoire et l’écriture du roman. C’est drôle, intelligent, et super bien construit. D’ellipses en raccourcis, l’auteur suggère plus qu’il ne dit, prend un plaisir palpable à jouer avec son récit, et laisse beaucoup d’espace à l’imagination du lecteur (on est  loin de certains de ces bouquins complètement prédigérés par lesquels on a vraiment l’impression que l’auteur donne à manger à son lecteur à la petite cuillère)(bref).

Tout comme il se jouait des codes du roman policier dans un hommage à Hitchcock avec le très chouette Insoupçonnable,  Tanguy Viel écrit le plus français des romans américains avec La Disparition de Jim Sullivan, un hommage-pastiche qui est un vrai régal de lecture.   –  BF

La disparition de Jim Sullivan / Tanguy Viel (R VIE)

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