Vernon Subutex

Couverture de Vernon Subutex de Virginie DespentesIndéniablement rock’n roll, avec un sens aigü du rythme et de la formule, le dernier Despentes entraîne le lecteur dans la déchéance urbaine de son héros, disquaire que l’ère numérique a pulverisé. Quand Alex Bleach, légendaire chanteur de rock qui payait ses loyers depuis deux ans, est retrouvé mort d’overdose dans sa baignoire, le dernier rempart de Vernon Subutex contre la précarité s’effondre. Servant de fil rouge à une vaste fresque contemporaine, il sollicite alors une à une ses connaissances, dont le portrait scande le roman. Entre lignes de coke et cuites au whisky, sur fond sonore de Noir Désir ou de Rihanna, se succédent ainsi un scénariste facho, des stars du porno, une bourgeoise détruite, une transsexuelle brésilienne, un macho qui tabasse sa femme, une étudiante qui porte le voile et une SDF allumée (entre autres). Avec une lucidité et une hargne décapantes, dans une langue qui claque, Despentes dresse ainsi le portrait d’une société hystérique qui survit dans un monde cinglé. C’est cruel et sans concessions, le ton est juste, la narration aussi vive que maîtrisée. C’est souvent drôle, mais une mélancolie rageuse imprègne l’ensemble. Moins trash et dérangeant que Baise-moi (que j’avais reçu comme un direct au foie), Vernon Subutex, comme son nom l’indique, c’est un savant dosage entre la poésie surréaliste d’un Boris Vian et les délires morbides d’un mec défoncé à l’héroïne. Quelque part entre Brest Easton Ellis et Houellebecq. Et c’est surtout un sacré bon moment de lecture.  BF

Vernon Subutex 1  / Virginie Despentes   R DES

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