C’est la rentrée littéraire…

…  je vais vous parler d’auteurs morts depuis longtemps, ça nous fera des vacances.

Côté français :Couverture de Les essentiels de Simenon Simenon. En voilà un qui allie le sens de l’intrigue crapuleuse au rendu d’atmosphère subtil, le tout dans une écriture aussi simple que précise. C’est rapide, efficace, parfois désuet à souhait. Entre « polar du terroir » et drames intimes (les « romans durs » de Simenon : La Mort de Belle, La Chambre bleue…), une justesse psychologique et une économie de moyens rares, et qui font du bien.

Maigret regarda à travers les vitres. Il ne pleuvait plus, mais les rues étaient pleines de boue noire et le vent continuait à souffler avec violence. Le ciel était d’un gris livide.
Des gens revenaient de la messe. Presque tous avaient Le Phare de Brest à la main. Et tous les visages se tournaient vers l’hôtel de l’Amiral tandis que maints passants pressaient le pas.
Il y avait certes quelque chose de mort dans la ville. Mais n’en était-il pas ainsi tous les dimanches matin? La sonnerie du téléphone résonna à nouveau. On entendit Emma qui répondait :
« Je ne sais pas, monsieur… Je ne suis pas au courant… Voulez-vous que j’appelle le commissaire?… Allô!… Allô!… On a coupé…      (extrait de Maigret et le chien jaune 1931)

 

-Je t’ai fait mal ?

-Non.

-Tu m’en veux ?

-Non.

C’était  vrai. A ce moment-là tout était vrai, puisqu’il vivait la scène à l’état brut, sans se poser de questions, sans essayer de comprendre, sans soupçonner qu’il y aurait un jour quelquechose à comprendre. Non seulement tout était vrai, mais tout était réel : lui, la chambre, Andrée qui restait étendue sur le lit dévasté, nue, les cuisses écartées, avec la tache sombre du sexe d’où sourdait un filet de sperme. »      (début de La chambre bleue, 1964)

 

Couverture de Cible mouvante de Ross McDonald

Outre-Atlantique : Ross MacDonald (oui, j’insiste). Des intrigues sombres et complexes tenues serré-serré, un privé qui en a et que son sens moral entraîne loin, la Californie des années 50, du rythme, un style aussi élégant que vif et percutant, des dialogues cinglants et délectables. Clairement, la classe internationale.

Il a fallu attendre 2012, l’admiration d’Olivier Gallmeister pour l’auteur et le talent de traducteur/restaurateur de Jacques Mailhos pour offrir enfin aux lecteurs français une « vraie » traduction, cette dernière étant la seule à donner le texte intégral, auparavant largement tronqué dans la traduction française, et à respecter vraiment le texte (plus de détails et une comparaison assez édifiante entre ancienne et nouvelle traduction ici et sur le site des éditions Gallmeister)

Couverture de Noyade en eau douce de Ross McDobald

 

Si tu croises encore Troy, n’essaie pas de lui confisquer son arme. Ça a déjà été tenté.
– Pas par moi.
– Non, dit-il. Par des types qui sont morts. (Cible mouvante, 1949)

 

Couverture de La côte barbare de RossMcDonald

Une femme ouvrit la porte et me regarda d’un air pincé du nez, qu’elle avait long et grêlé d’antiques cratères d’acné. Ses yeux étaient noirs et petits ; ses cheveux permanentés aux bigoudis. Elle était si vilaine que j’en eus mal pour elle. (La Cote barbare, 1956)

 

 

Les essentiels de Simenon – RP SIM

Cible mouvante  / Ross McDonald  –  RP MAC

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