Si tout n’a pas péri avec mon innocence – Emmanuelle Bayamack-Tam

Couverture de Si tout n'a pas péri avec mon innocence d'Emmanuelle Bayamack-TamEntre passion pour la poésie et désir sexuel bouillonnant, le récit d’une adolescence délurée, et surtout de la naissance d’une vocation d’écrivain.

Quelle claque ! Quelle écriture ! Quelle énergie ! Semblant pétri dans la matière même de la vie, le récit d’Emmanuelle Bayamack-Tam est celui d’une enfance et d’une adolescence tragiques, saccadées, saccagées, raconté à la 1ère personne par Kim, une fille qui veut être un garçon, grandissant tant bien que mal dans une famille complètement dysfonctionnelle, entre une mère irresponsable qui entame sur le tard une carrière de stripteaseuse, un père guère plus adulte, tatoueur, complètement fade, un grand père mégalo, une grand mère aimée, mais perdue dans les limbes d’une nostalgie inguérissable, et ses deux soeurs aînées, des bimbo dans l’âme. Kimberly les méprise («si je dois avoir une famille, alors que Baudelaire soit mon frère et Janis Joplin ma sœur»), découvre la puissance de la poésie en CM1 à travers le poème « Les Chats » de Baudelaire (« Le seul Charles qui vaille »), déclame des vers, s’occupe de ses deux jeunes frères adorés, ses « agneaux« , délaissés par leur mère (« car la vie n’est pas seulement mal faite, elle est aussi parfaitement invivable pour les meilleurs d’entre nous – les petits, les doux, les faibles »), prend son lecteur à partie dans la chronique d’un suicide annoncé, explore les possibilités du désir et de son corps, qu’elle livre à la prostitution, adule Charonne, la mystérieuse belle et grosse Noire unique amie de son malheureux frère. S’interroge, explore, expérimente à corps perdu, bordélique et avide, sans peur, et avec une froide détermination.

Une énergie vitale incroyable innerve ce texte de bout en bout, la tension ne faiblit jamais d’un iota, une langue charnue, charnelle, source visible de plaisir, mélange heureux et détonnant de trivialité et de recherche, construit un récit (aussi cruel que drôle) fait d’une sorte d’étonnement permanent, dans une absence totale de complaisance, une franchise et une lucidité crues. Pour moi une révélation littéraire. BF

Si tout n’a pas péri avec mon innocence / Emmanuelle Bayamack-Tam  –  R BAY

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