Les Chutes – Joyce Carol Oates

Couverture de Les chutes de Joyce Carol Oates

Les chutes du Niagara : une destination privilégiée pour les jeunes mariés à l’aube des années 50. Mais également un endroit de prédilection pour se suicider. Une ambigüité du lieu à laquelle répond la confusion mentale des personnages de cette incroyable romancière américaine, pour qui “écrire est une discipline, un défi élevé, un sport de haut niveau.”

Le roman s’ouvre sur le réveil éprouvant d’une jeune mariée (enfin, pas si jeune que ça ; pour cette célibataire de 29 ans, ce mariage inespéré sonne comme le miracle de la dernière chance, en ces puritaines années 50), mariée qui constate, effarée, la disparition de son époux au matin de leur nuit de noce. Nuit dont elle semble avoir du mal à se souvenir avec précision (a-t-elle bu beaucoup ? ont-ils fait l’amour ?). Angoisse, confusion, honte, questionnements, agitent ce premier chapitre embrumé et moite où l’impensable est pourtant vrai : le marié est sorti du lit à l’aube pour aller se jeter dans les Chutes. Mais cette mort inaugurale, si elle place d’entrée le roman sous le signe de la mort, de l’inéluctable et de la folie, ne prépare pas pour autant le lecteur aux péripéties romanesques dans lesquelles la puissance narrative de la romancière va l’entraîner.

Personnage féminin aussi tenace que tourmenté, caractères fouillés, intrigue se déployant sur plusieurs décennies, genre difficilement identifiable (roman psychologique ? portrait de femme ? roman sociologique ? écologique ?)(il est d’ailleurs indiqué à la fin du livre que certains passages ont fait l’objet d’une publication antérieure à part)… Les Chutes exerce un pouvoir d’attraction assez stupéfiant sur le lecteur, à l’image de ce Niagara dont on ne peut plus quitter le courant, passé un certain point (l’action du roman ne quittera pas, d’ailleurs, la ville de Niagara Falls).

La finesse d’analyse psychologique de Oates ne lasse pas de m’étonner (les personnages sont aussi touchants et réalistes que ceux de Nous étions les Mulvaney). Son sens de la narration et du drame, ses préoccupations (l’écologie, la place et le rôle de la femme dans une société patriarcale, les relations familiales, la folie) en font pour moi une grande romancière, même si, une fois de plus, bizarrement, son écriture ne m’emballe vraiment pas. BF

Les Chutes / Joyce Carol Oates (sur demande, disponible à la BDP)

 

 

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