L’homme qui a vu l’homme – Marin Ledun

Couverture de L'homme qui a vu l'homme de Marin LedunFortement inspiré d’un fait réel, la disparition, en 2009, de Jon Anza, un militant basque membre d’ETA dont le corps sera retrouvé à la morgue de l’hôpital de Toulouse un an après, l’homme qui a vu l’homme revient par le biais de la fiction sur les cafouillages de l’enquête dénoncés par la famille du militant, qui accuse ouvertement l’Etat français de couvrir des exactions dignes du GAL. L’affaire sera cependant classée sans suite par la procureure de Toulouse en 2013.

Envoyé par la rédaction de son journal à la conférence de presse donnée par la famille de Jokin Sasko, un militant disparu depuis plusieurs semaines et que les autorités n’ont pas l’air de chercher, le journaliste Iban Urtiz, basque seulement de nom, spécialiste des chiens écrasés pour un journal du Pays basque nord, découvre un monde dont il ignore tout. Comme la plupart des lecteurs de ce roman sans doute. On suit pas à pas l’enquête de ce journaliste opiniâtre, « erdaldun » (littéralement « celui qui parle une autre langue » (sous-entendu « que le basque »), l’étranger). Rapidement obsédé par ce qu’il découvre des agissements des cellules anti-terroristes (enlèvements nocturnes de civils suivis de séquestration et tortures durant plusieurs jours, avant de relâcher la victime dans la nature), Iban Urtiz cherche à comprendre. Il veut la vérité. Seulement militants, etarras, politiques, flics, barbouze, tout le monde ment, tout le monde a peur et veut sauver sa peau.

Un roman noir, politique, haletant, nerveux. « Le terrorisme gauchiste et le terrorisme étatique, quoique leurs mobiles soient incomparables, sont les deux mâchoires du même piège à cons… » dit un personnage de J.-P. Manchette (merci Wikipedia, m’en rappelais pas). Ledun est dans cette veine (toutes proportions gardées, hein), celle aussi de Daeninckx, des romans à dimension sociale et politique marquée. Même si l’envergure littéraire est loin de celle de Manchette, le style, rythmé, nerveux, sec, est dépourvu d’effets appuyés ou de fioritures, et l’intrigue (complexe) est maîtrisée et avance vite. Une introduction habile et efficace au terrorisme d’Etat.

De plus il est particulièrement touchant et intéressant de lire ce roman ici, où l’on peut encore voir taguées sur les murs lesimage Jon apostrophes à Sarkozy et Zapatero : « Nun da Jon ? » (Où est Jon ?)  –  BF

« Marin Ledun n’a pas essayé de rencontrer les proches de Jon Anza. Ils sont venus d’eux-mêmes, lors d’une signature à Saint-Jean-de-Luz. «J’étais mal à l’aise, je leur ai dit que j’avais peur de ne pas être légitime. Ils ont répondu : « Votre roman donne de la légitimité à notre demande. » C’était troublant.» Un livre engage son auteur, par translation ». (Libération, 5 mars 2014)

L’homme qui a vu l’homme / Marin Ledun  –  RP LED

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