Atelier d’écriture en ligne

Bienvenue dans la session « en ligne » de l’atelier d’écriture !

Voici ce que vous propose Sophie Pavlovsky aujourd’hui :

« Une main innocente a jeté ces dés.

À vous d’inventer une histoire en utilisant tous les symboles. »

 

On pose les stylos vers midi, et ceux qui le souhaitent peuvent partager leur production dans les commentaires de l’article.

Amusez-vous bien !

6 commentaires

  • Mylène dit :

    Elle est là plantée devant sa table en bois, le soleil a pénétré par la fenêtre et vient taquiner les volutes qui s’échappent de sa tasse de café ! Ce serait presque beau ! Elle regarde le jardin qui s’éveille au printemps, la lumière si particulière des premiers beaux jours retrouvés, s’amuse du vacarme des oiseaux et son regard se pose sur les fleurs qu’elle a mises hier dans ses jardinières. « Ce sera beau, il sera content ! » Tout est si paisible, voluptueux presque. Un instant de bonheur « arrêté sur l’image ». Elle soupire !!!
    Ce matin, elle a préparé une seule tasse. Elle regarde la fumée qui s’en élève et, soudain, elle a les larmes au bord des yeux ! « Ça, y est, t’es foutue, t’as craqué ! »
    « C’est pourtant rassurant ce p’tit café », pense-t-elle alors ! C’est le point d’union entre tous les êtres, le p’tit café, comme celui que préparait sa mère à son père, quelle que soit l’heure, en 5 mn, c’était prêt et c’était bon pour la petite fille qu’elle était, ce rite tacite entre ses deux parents. Son père, on l’entendait arriver de loin, il y avait ensuite le bruit de la grille qui grinçait, et enfin sa démarche sur les graviers…, avant son entrée dans la maison, hop ! la casserole était déjà sur le feu ! Mais attention, hein ! « Pas bouillu », comme il disait, « sinon, c’est foutu !!!! ».
    Ce petit geste quotidien lui en disait long sur l’amour qu’ils se portaient ces deux-là et son cœur d’enfant en était rempli, l’assurant que tout irait toujours bien car « papa maman s’aiment ». « C’est incroyable la force de l’amour », se dit-elle soudain, « je m’en rends compte maintenant combien leur amour a construit qui je suis aujourd’hui et je leur en suis immensément reconnaissante ».
    Adolescente, elle se moquait de son père en le singeant : elle imitait « pas bouillu, pas foutu » et son père la regardait avec tout l’amour qu’il avait pour elle. Sa mère pouffait de rire et repartait à ses occupations. Mon dieu, comme elle aimerait de nouveau l’entendre ce « pas bouillu » !
    Elle pose les mains sur son ventre tout rond comme un ballon car c’est à ce moment-là que le petit être qui s’y épanouit en profite pour bouger subitement. Un sourire élargit son visage, elle oscille entre rire et larmes !
    La vie nous bouscule à chaque instant et c’est merveilleux finalement, cette vie qui grandit. Oui, la vie nous bouscule, on suit son mouvement, qu’on le veuille ou non et on continue d’avancer, vaille que vaille ! Ça tient à pas grand-chose finalement, l’équilibre du cœur… il suffit parfois d’une toute petite chose anodine pour que l’on ait le cœur débordant, alors qu’une autre chose, même insignifiante, peut nous le mettre en morceaux.
    Mais là, ce qu’elle vit maintenant lui brise littéralement le cœur. Cela n’a pas de nom : on lui a dit « vous pourrez venir le voir à 14 heures, pas avant, et pendant 20 mn, c’est le protocole »… Fichu virus ! Fichu protocole ! Elle n’a pas pu voir son père tous les jours car c’était « interdit », « dangereux pour lui », « bla bla bla » !!! À sa dernière visite, juste avant qu’elle ne le quitte, il l’a regardée si tristement, ses yeux lui disaient « quand reviendras-tu ?» !
    Avant mars, elle allait tous les jours à son chevet puis ce confinement est arrivé et là, blocus ! Non, non, ce n’était plus possible pour elle, elle ne pouvait plus le laisser là-bas, elle ne supportait tout simplement plus de voir sa vie s’étioler ainsi sans pouvoir lui tenir doucement la main, écouter ses histoires d’un autre temps mais ô combien rigolotes et le prendre dans ses bras. La vie quoi ! L’attention aux siens, qui plus est ce papa qu’elle adore !
    Hier, elle a juste dit à Paul « c’est décidé, demain je prends la voiture et je le ramène à la maison ! ». Paul, il était d’accord bien sûr !…
    Elle regarde la pendule, prend ses clés, son téléphone… Des pas sur le gravier…La grille qui grince…
    Le café a refroidi.

  • Jean-Claude dit :

    DIS PAPY

    Le dimanche 1er novembre, alors que terminant ma 3ème tasse de café du matin je m’apprêtais à prendre ma voiture pour aller me recueillir sur la tombe de mes parents, ma petite-fille s’est approchée de moi une fleur à la main et m’a dit :
    – « Dis Papy, comment c’est la mort ? »
    Cette question m’a comme pétrifié sortant de la bouche d’une gamine de neuf ans…
    J’ai essayé de me remémorer si à cet âge le petit garçon que j’étais s’était déjà questionné sur ce sujet mais aucun souvenir d’une telle interrogation n’a refait surface. Mais peut-être la maladie d’Alzheimer me guette-t-elle déjà…
    Mais il est vrai qu’à mon époque les enfants n’avaient qu’une chaîne de télévision dont ils ne regardaient pas tous les programmes, parents et carré blanc obligent…
    Ma stupeur passée, je me ressaisi et lui répondit :
    – « Mais pourquoi me demandes-tu cela, ma petite chérie ? »
    – « Ben Papy, parce qu’en ce moment on entend parler que d’elle !»
    – « Et qu’est qui te fait dire ça ? »
    Elle réfléchit un instant et répondit :
    – « Depuis que je suis chez vous pour les vacances, je regarde ou j’écoute les infos avec toi et il n’y a que ça… »
    Interloqué, je lui répondis :
    – « Ah bon, tu es sûre ? »
    – « Oui. Depuis que je suis là, ils montrent des images de fleurs dans les cimetières ; ils parlent des cinquante ans de la mort du général … (j’ai oublié comment il s’appelle. Mais un grand général « ajouta-t-elle). Ils parlent de la mort du prof, des morts dans l’église à Nice… Et tous les jours ils parlent du nombre de morts de la Covid. Ces jours-là encore, des morts par les inondations dans un pays que je ne connais pas… »
    – « Oui, tu as raison ma chérie, la mort est malheureusement partout dans notre actualité… » et je pensais que nos médias l’imposent en boucle aux enfants qui n’en connaissent rien et qui, par essence même, doivent l’ignorer ou du moins ne pas faire une fixation sur ce jour normalement si lointain dans la vie d’un enfant.

    – « Mais pour toi, c’est quoi la mort ? »

    – « Je ne sais pas , Papy… tout ce que je sais c’est que dans mes jeux vidéo de bagarre ( il faut vous dire que cette charmante petite est une fan de Bruce Lee !) , quand mon personnage est mort, j’appuie sur le bouton « reset » et il recommence une nouvelle partie »

    Là les bras m’en sont tombés. Je suis resté un moment comme hébété en prenant conscience que notre société par la banalisation de la violence et de la mort est en train de forger des générations de jeunes qui n’auront plus aucun respect de l’autre puisque pour eux la mort ne signifiera plus rien…
    Qu’il est loin le temps où les grands-mères portaient le deuil, vêtues de noir pendant un an et à cinquante ans paraissant vieilles ! Certes, c’était abusif et se recueillir chaque semaine sur les tombes des « chers disparus » ne le ramenait pas à la vie…
    La camarde chantée par Brassens n’a plus cours aujourd’hui au temps de l’incinération et la kalashnikov a remplacé la faux dans la main de la Grande faucheuse…
    Après avoir clos ma réflexion, j’invitais la petite à venir sur mes genoux et je lui expliquais en essayant de ne pas trop la traumatiser.
    – « La mort, ma chérie, c’est la fin de la vie. Tous les être vivants sur la Terre, qu’ils soient humains, animaux ou végétaux (les plantes, les arbres, etc.) sont destinés à mourir un jour. Tiens, prends la petite fleur dans ta main. Maintenant qu’elle est coupée de ses racines, elle va mourir…
    – Tous les êtres qui naissent (comme ta petite sœur que tu as presque vu naître) sont destinés à mourir un jour… »
    La petite m’interrompit :
    – « Mamy et toi aussi vous allez mourir ? » interrogea-t-elle tremblante.
    – « Eh oui … nous aussi »
    – « Mais quand ? » ajouta-t-elle des larmes inondant ses yeux habituellement si rieurs.
    – « Personne ne le sait ma chérie ! C’est le mystère de la mort, Personne ne peut dire non plus ce qu’il y a après la mort… »
    Songeuse, la petite n’ajoutait mot et semblait réfléchir en contenant péniblement ses larmes.

    Après un instant, la prenant dans mes bras j’ajoutai :

    – « Ne pense plus à tout cela ! Je te promets en tout cas de faire le maximum pour vivre le plus longtemps possible car je compte bien vivre assez longtemps pour jouer avec tes enfants quand tu en auras ! Allez, viens ; prends ta petite fleur, monte dans la voiture. Tu la déposeras sur la tombe de mes parents que tu n’as pas connus mais qui sont néanmoins tes arrières grands-parents.
    Et à notre retour, tu prendras le téléphone et appelleras tes copains les deux petits voisins qui seront ravis de faire une partie de foot avec nous dans la pelouse ! ça te va ? »

    Elle sourit et se dirigea vers la voiture en sautillant.
    Ouf, pensais-je, elle a rejoint le monde de l’innocence qu’elle n’aurait pas dû quitter sans ce monde anxiogène que nous impose l’actualité…

    JCB

    « Il est si beau l’enfant avec son doux sourire,
    Sa douce bonne foi, sa voix qui veut tout dire,
    Ses pleurs vite apaisés »
    (Victor Hugo « Les feuilles d’automne »)

  • marie-christine dit :

    Bonjour,
    Merci de nous avoir invités ce matin .
    je viens donc de passer deux heures avec six dés et
    voilà le début de mon texte :

     » Il a renversé la table et tout est tombé..
    en pagaille, en vrac : nos habitudes, nos certitudes… et là, par terre, ces six dés… dés porteurs d’images, et … oracles peut-être que le hasard a rassemblés . Ils nous parlent …

    A bientôt
    Ch.

  • BF dit :

    Merci de ces contributions ! prochain atelier samedi 12 décembre.

  • Reginald dit :

    L’accident

    Au café des délices, le téléphone pleure.
    Fleurs fanées dans un verre à ballon.
    Ma voiture contre une jeep.

  • BF dit :

    Une chanson douce de la part de Réginald cette vieille canaille qui possède donc une culture musicale incroyable, (bien qu’un peu déprimante). Merci pour ça

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