La Déesse des petites victoires

Du Vienne des années 30 au Princeton des années 80 le parcours d’une femme de l’ombre : celui d’Adèle Gödel ex-danseuse de bar et femme méconnue du non moins méconnu (pour la néophyte que je suis) mathématicien Kurt Gödel. Cette femme sacrifiera toute sa vie à son mari, qu’elle suit dans son exil aux Etats-Unis et dont elle assure le confort et la sécurité. Figure incontournable des mathématiques, proche d’Einstein, qui disait « je ne vais à mon bureau que pour avoir le privilège de rentrer à pied avec Kurt Gödel« , on doit au mathématicien viennois les Théorèmes d’incomplétude (que je … Continuer à lire → Continuer à lire →

En finir avec Eddy Bellegueule

  Il y a encore quelqu’un qui n’a pas entendu parler de ce livre ? « De mon enfance je n’ai aucun souvenir heureux. » On se prend le début en pleine poire. La suite est à l’avenant. Portant sur son enfance et son adolescence un regard imprégné de sociologie (Bourdieu est sa référence et il a pour mentor Didier Eribon) celui qui se rebaptisera Edouard Louis pour tenter d’échapper à son (court) passé (parce que Eddy Bellegueule, sans blague, c’est son vrai nom), raconte la misère et l’a-culture d’un sous-prolétariat à peu près ignoré de la France entière (c’est d’ailleurs ainsi … Continuer à lire → Continuer à lire →

Tartes aux pommes et fin du monde

« Je peux vous assurer qu’il y avait une bonne tournée de crétins parmi les touristes auxquels on vendait nos poissons. Parfois ça me faisait mal au cœur d’envoyer des pauvres merlus sans défense aller se faire découper chez des idiots pareils ». Mais on peut lire aussi plus loin : « Il a plu plusieurs jours sans discontinuer. Comme si le ciel était devenu le reflet d’un malaise. De mon malaise. Il m’était aussi insupportable d’ouvrir les yeux que de les fermer ». Guillaume Siaudeau, jeune auteur dont c’est le premier roman, livre ainsi une chronique douce-amère comme on dit, à laquelle j’ai … Continuer à lire → Continuer à lire →

Le garçon incassable

En fait,  il y a deux garçons incassables : le premier c’est Buster Keaton, auquel son père enfant attachait une poignée dans le dos pour mieux le jeter lors de ses spectacles de saltimbanque, et qui malgré ses formidables cascades s’en sortait sans une égratignure, et le deuxième c’est Henri, le demi-frère de la narratrice, jeune garçon handicapé, que son père s’acharne à « corriger » (selon lui, les enfants, il faut les casser). Le livre commence quand la narratrice entreprend une biographie de Buster Keaton, le roi de la chute, du gag millimétré, l’homme qui ne rit jamais, et qu’elle établit … Continuer à lire → Continuer à lire →

Des nouvelles ! des nouvelles ! des nouvelles !

Dites amis lecteurs ! Vous avez conscience qu’il vous reste à peine trois semaines pour nous remettre vos nouvelles ? Mmmmh ? On vous rappelle les règles du jeu : Dix mots à retrouver dans le texte : ROTEUR – ALPESTRE – REAFFRONTER – DUVETEUSE – OURSIN – PROGNATHISME – BATMOBILE – AMORALITE – FOULEE – BIBLIOTHEQUE Pas plus de 7 pages, pas moins de 2.                                                Plus de détails ICI Continuer à lire →

A travers les champs bleus

    Des nouvelles enracinées en terre d’Irlande, emplies de la fureur du vent, du fracas des vagues, pétries de mystères, d’amours impossibles, de superstitions, portant l’odeur de la tourbe et du whisky chaud. Je ne sais pas laquelle de ces nouvelles étonnantes j’ai préférée… Et je ne comprends toujours pas d’où vient la force de la prose de Claire Keegan, qui exerce un pouvoir de fascination indéniable et suscite une émotion immédiate.  Histoires terribles, solitude, douleur, personnages dans le trouble, tout y est si justement dit… (« Martha se surprenait parfois dans la grange à regarder ses volailles picorer les graines, … Continuer à lire → Continuer à lire →

Baignade surveillée

« Il avait une petite tortue tatouée sur le cou au niveau de la carotide. Une de ses incisives était cassée en deux. Et une cicatrice verticale lui barrait le sourcil droit. Quand il riait, ça éclatait de partout, comme quand les vagues s’écrasaient. » L’incontrôlable Max déboule au camping où son frère (le narrateur) passe ce qui ressemble  à ses dernières vacances en famille  : même si son fils profite du soleil et de la mer, Estelle, sa femme, rivée à son portable, est déjà partie. Quelques jours durant lesquels, sur fond sonore de vagues et de souvenirs qui déferlent, la … Continuer à lire → Continuer à lire →

Wakefield

Quelle drôle d’histoire cruelle ! Londres, milieu du 19ème siècle. Le dénommé Wakefield quitte le domicile conjugal, soi-disant pour quelques jours, mais ne reviendra pas.  Si le refrain est plutôt connu, ce qui l’est moins c’est l’organisation de cette fuite :  l’homme loue un appartement à quelques rues de chez lui,  continue, en se déguisant, à fréquenter le même quartier et  observe sa femme, dans une espèce de vanité morbide (que vont-ils devenir sans moi ?)… Il rentrera finalement vingt ans plus tard. Ce très court texte, à peine une nouvelle, inspiré d’un fait-divers réel,  est une histoire étonnante, étonnamment … Continuer à lire → Continuer à lire →

Le chemin des morts

Ancien juge, François Sureau revient, avec amertume et lucidité,  sur un souvenir judiciaire qui pèse lourd sur sa conscience et le hante depuis trente ans. Rapporteur au Conseil d’Etat dans les années 80, il travaille pour le juge chargé de statuer sur les demandes d’asile politique déposées par les réfugiés. Scrupuleux, ne supportant pas l’indifférence au sort d’autrui, il se trouvé désarmé lorsque arrive sur son bureau le cas du militant basque antifranquiste Javier Ibarrategui, en France depuis 1969, car « lorsque la Convention de Genève évoque des persécutions, il faut, pour que la victime puisse obtenir le statut de réfugié, … Continuer à lire → Continuer à lire →