Retour aux sources

Je me souviens exactement de comment j’ai découvert John Fante. J’avais vingt ans, j’étais passée chez mon copain Eric. Souffrant d’une gueule de bois carabinée, il est allé directement se mettre sous la douche. J’ai ouvert le livre posé sur sa table de nuit : c’était La Route de Los Angeles. Ca commence comme ça : « J’ai dû faire de nombreux boulots dans le port de Los Angeles parce que ma famille était pauvre et que mon père était mort. Peu après la fin du lycée, j’ai commencé comme terrassier. Le soir j’avais tellement mal au dos que je ne parvenais pas à dormir. Nous creusions un trou dans un terrain vague, il n’y avait pas d’ombre, le soleil tapait droit sur nous d’un ciel sans nuages, et j’étais au fond du trou  à creuser avec deux malabars qui adoraient ça. » Ensuite il sera plongeur ou vendeur chez un épicier, en lisant Nietzsche quand il a 30 secondes. J’ai été immédiatement séduite par la vivacité et la drôlerie du ton et du propos, tombant ainsi durablement sous le charme de cet enfant terrible, orgueilleux, romantique, impulsif.

Le risque était grand de tomber de haut à la relecture, quinze ans après.

Eh bien mesdames et messieurs, Fante tient drôlement bien la route. Les pages se tournent toute seule, l’émotion est là, partout, mais sèche et épurée, jamais mièvre. Fante raconte toujours plus ou moins la même chose : son enfance pratiquement misérable entre un père italien, maçon grande gueule et violent, tour à tour aimé et haï, et une mère dévouée corps et âme  à sa famille et à Dieu : l’école des bonnes soeurs, la fratrie, les bagarres, les bêtises, souvenirs inlassablement mis en scène avec brio. Ce qui prédomine c’est la figure paternelle, dans laquelle il se reconnaît souvent avec effroi. Et plus tard,  les chambres minables, les petits boulots et les amours du jeune homme qui a décidé qu’il deviendrait un écrivain (célèbre). Il y a quelque chose d’infiniment touchant dans sa vision des choses et des rapports humains, entre candeur et lucidité, et un amour de la vie complètement communicatif. Arturo Bandini, le sale gosse au grand coeur,  est toujours  l’homme de ma vie. BF

De nombreux titres sont disponibles dans nos rayons, dont Le Vin de la jeunesse, La route de Los Angeles, et le formidable Demande à la poussière, sur mon bureau à la cote R FAN

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