Nous étions les Mulvaney

             « Mais ce document n’est pas une confession. Absolument pas. J’y verrais plutôt un album de famille. Comme maman n’en a jamais tenu, totalement véridique. Comme la mère de personne n’en tient. Mais, si vous avez été enfant dans une famille, quelle qu’elle soit, vous en tenez un, fait de souvenirs, de conjectures, de nostalgie, et c’est l’oeuvre d’une vie, peut-être la grande et la seule oeuvre de votre vie ». 

Tout est dit, ou presque.

Ils formaient une famille unie, connue, sûrement enviée, dans l’Amérique rurale des année 70. Il y avait des parents amoureux : Corinne, chaleureuse, originale, aveuglément chrétienne, et Michael, bel homme charismatique,  leurs quatre enfants, vivants dans la joyeuse pagaille d’une petite ferme perchée sur les hauteur de Mont Ephraïm, dans l’Etat de New-York.  Le viol de Marianne, la cadette et seule fille de la famille,  un soir de fête scolaire, va faire imploser cet univers. A la souffrance et au désarroi de leur enfant, les Mulvaney répondent par le silence, et la victime est rapidement muée en coupable, de manière viscérale, indicible, car on ne parle pas de ces choses-là. Avec une justesse psychologique saisissante  (et pas seulement dans le personnage de Marianne), au point d’en être parfois déstabilisante, l’auteur dissèque les sentiments confus, contradictoires, tantôt violents,  tantôt lumineux, toujours bouleversants,  que génèrent les liens familiaux, et l’incroyable poids affectif dont sont chargés les lieux de notre enfance.

Un livre empreint de nostalgie, des personnage auxquels on s’attache profondément, et in fine le constat amer de la puissance dévastatrice de l’hypocrisie sociale et du mensonge.  BF

Nous étions les Mulvaney / Joyce Carol Oates, R OAT

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