14

            A force d’avancer les Couverture de 14 de Jean Echenozuns contre les autres [soldats Allemands et Français], jusqu’à se retrouver sans plus pouvoir, de part et d’autre,  étendre ses positions, il devait arriver que cela se figeât en face-à-face : ça s’est figé dans un grand froid, comme si celui-ci gelait soudain le mouvement général des troupes, sur une longue ligne allant de la Suisse à la mer du Nord. C’est quelque part sur cette ligne qu’Anthime et les autres se sont retrouvés paralysés, cessant de bouger pour s’engluer dans un vaste réseau de tranchées reliées par des boyaux. Tout ce système, en principe, avait été d’abord creusé par le génie mais il a aussi et surtout fallu le creuser soi-même, les pelles et pioches qu’on portait sur le dos n’étant pas là pour décorer latéralement le sac. Ensuite, en essayant chaque jour de tuer un maximum de ceux d’en face et de gagner un minimum requis de mètres au gré du commandement, c’est là qu’on est enfouis.

Difficile d’extraire un passage de ce roman, tant tout y est fulgurant, ciselé, concis, à l’image de son titre. L’art d’Echenoz au plus près de ces anonymes dont on suivra essentiellement deux individus, broyés avec stupéfaction par cette guerre. Bien que documenté, comme en contrepoint à cette boucherie, aucune d’emphase, pas de descriptions détaillées (tout a déjà été dit confesse l’auteur), mais une douce ironie, un style distancé, une construction précise et minimaliste, qui donnent au livre une profonde mélancolie.

14 / Jean Echenoz  –  R ECH

A lire dans le cadre de l’exposition « 100 ans de Mémoire : 14-18 en Amikuze », visible jusqu’au 17 avril inclus.

 

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