Carthage – Joyce Carol Oates

Couverture de Carthage de Joyce Carol Oates

Le dernier roman de la prolifique romancière : un faux-polar magistralement construit autour de la dissolution d’une famille, les conséquences psychologiques de la Guerre d’Irak, la peine de mort. Névroses et naïveté ordinaires aux Etats-Unis.

Joyce Carol Oates me fascine. A la manière des monstres un peu : elle publie un, voire deux livres par an (tous ne sont pas traduits en français, loin de là), surtout pour les adultes (romans et nouvelles), mais aussi pour les ados, elle écrit également des essais, et de nombreux polars sous pseudos… quand elle ne donne pas des cours à l’Université de Princeton. A en croire ses interviews elle consacre environ chaque jour 6 heures à l’écriture (SIX HEURES !!!), et s’est mise à twitter.

Son univers aussi me fascine : je n’ai pas lâché un seul de ses livres que j’ai commencé. Mais j’ai bien du mal à expliquer ce qui plaît chez elle… Je vais faire court, mais je trouve qu’elle écrit mal. Heu, je n’aime pas sa manière d’écrire, pardon. Son style est haché, brusque, parfois répétitif, les phrases ne sont pas toujours finies ou construites, la lecture n’est pas, comment dire… fluide, agréable, esthétique. Parfois je me dis qu’elle n’a pas le temps de se relire, qu’elle ne fait pas attention à la manière dont elle écrit (je parle d’une auteure nobélisable, je sais, j’assume). Mais parfois aussi je me dis qu’elle est une sorte de chamane, pour qui écrire est une transe. Une sorte de derviche tourneur de l’écriture. Qu’importe la forme, des choses doivent être dites, ressassées, dans une manière un peu hypnotique. La narration est toutefois au cordeau, et on s’habitue à cette écriture. Parce qu’elle a sa petite musique tout de même, certes discordante, avec l’effet parfois d’un ongle sur le tableau noir (par moments je souffle, ça m’énerve), mais on plonge très vite dans les eaux troubles et magnétiques de son univers (fait de violence masculine, de fragilité mentale confinant à la folie, de personnages féminins borderline mais résistants), et c’est une expérience de lecture vraiment puissante et particulière.

Carthage est à ce sujet représentatif. Ca commence comme un polar : une jeune fille de 19 ans, fille du maire de Carthage (Illinois, 2700 habitants), disparaît un samedi soir. On l’a vue dans un bar de bikers (lieu que cette intellectuelle timide et renfermée ne fréquentait jamais), et en repartir avec Brett, l’ex-fiancé de sa soeur. Les 600 pages du roman vont tourner autour des protagonistes de cette soirée de façon magistrale. La psyché de chacun des personnages est subtilement fouillée, raclée même : Cressida, la disparue, la « moche » de la famille, Brett Kincaid, le suspect, brillant sportif naïvement patriote qui s’engage en Irak et en reviendra démoli à tous points de vue, Juliet, la soeur aînée de la disparue, la « belle », et les parents, Arlette et Zeno. Oates passe et repasse sur chacun des personnages, relatant plusieurs fois les mêmes faits, mais plongeant à chaque fois un peu plus profond dans le coeur de ses personnages : confusion, peur, folie, culpabilité, orgueil, jalousie, amour, douleur… le panel est large, et scruté avec justesse et acuité. L’immersion est totale. J’ai vraiment eu l’impression de m’arracher littéralement à un univers quand je devais fermer le livre et il y avait toujours un moment de « reconnexion » nécessaire à la reprise.

Bref. A essayer.

Si ça vous dit, on en d’autres en stock : Foxfire : confession d’un gang de filles, Nous étions les Mulvaney, Les mystères de Winterthurn, Délicieuses pourritures, Mudwoman

Leur disponibilité, et d’autres titres du même auteur, dans la catalogue

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