Atelier d’écriture noëlique

Comme le mois dernier, participez à notre atelier d’écriture depuis votre salon/salle de bain/chambre. Voici ce que vous propose Sophie Pavlovsky aujourd’hui :

« Vous avez 2 heures pour écrire un conte de Noël (pour enfant ou adulte) avec les ingrédients suivants : un personnage principal + un lieu, imaginaire ou pas + une rencontre + un problème / une épreuve + une solution + une fin heureuse et pourquoi pas une morale.                           Pour corser l’affaire vous utiliserez les 5 mots suivants dans votre conte : estafette, baobab, laxatif, parasol et héron. »

Eh bien bonne chance et bon courage à tous…

Si vous le souhaitez, vous pouvez partager vos productions sur ce blog, en les copiant dans les commentaires de cet article.

4 commentaires

  • Jean-Claude dit :

    Bonjour,

    Le sujet n’a-t-il pas inspiré ou comme pour moi, les deux heures étaient-elles trop courtes pour terminer l’histoire ? Alors tant pis ! je triche un peu…et pour remercier Sophie je publie si j’ose dire à  » conte d’auteur » !

    L’île des espérances

    Il était une fois sur une île de l’océan indien un petit garçon prénommé Jahi.
    Orphelin, il devait, malgré ses neuf ans, trouver chaque jour un moyen de gagner sa vie. Mais cela l’empêchait bien sûr de fréquenter régulièrement l’école qu’il aimait pourtant beaucoup tant il était avide d’apprendre et de découvrir.
    Ici, au Kenya, et tout particulièrement sur cette île, les moyens de gagner sa vie quand on a neuf ans ne sont pas légion. Rendre de menus services aux voisins contre un peu de nourriture était le plus facile, mais le moins rémunérateur.
    Certes, il avait bien pensé partir pour aller tenter sa chance à la ville. Mombasa sur la côte n’était qu’à une portée de fusil de son île natale et il lui serait peut-être possible de se glisser au milieu des touristes venus admirer les beautés des récifs coralliens du parc marin de Kisite et enfin embarquer en douce sur l’un des bateaux les ramenant sur le continent le soir venu.
    Mais, si son envie d’évasion était réelle, au fond de lui-même il avait un peu peur de cette grande ville grouillante où il n’était jamais allé.
    Plongée sous-marine, snorkeling, nage avec les dauphins, ou encore excursion d’une journée sur un authentique boutre (l’un de ces vieux gréements chers à Henri de Monfreid), l’île avait en effet plein d’atouts pour attirer les touristes séjournant dans les hôtels de Diani Beach sur la côte. Sans parler de sa magnifique mangrove où pullulaient hérons et autres échassiers au long bec qui y cherchaient de quoi nourrir leurs couvées.
    Et Jahi avait donc décidé de profiter de cette manne. Il se précipitait à l’arrivée des touristes et servait de rabatteur pour les restaurants et organisateurs de sortie en mer, ce qui lui assurait tant bien que mal sa subsistance journalière.
    Mais Jahi avait un rêve. Un jour, alors qu’il était avec sa classe dans les grottes de Shimoni, Monsieur Lomba l’instituteur, leur parla des esclaves qui y étaient jadis regroupés, parqués et enchaînés avant d’embarquer pour leur long et triste voyage dont ils ne revenaient jamais. La vue des chaînes rouillées scellées dans les parois finit par le persuader que s’il n’avait pas de chaîne, il était malgré tout lui aussi esclave. Esclave de sa solitude et de sa condition de petit noir orphelin sans avenir…
    Ce jour-là, il se fit le serment à lui-même de quitter son île et d’aller découvrir le monde. Mais malgré son jeune âge, il avait déjà compris que pour être un homme libre, il lui fallait un minimum d’argent.
    Aussi décida-t-il de tout faire pour mettre de côté de quoi organiser son évasion. Malgré les difficultés de sa vie d’orphelin, il avait réussi en ne fréquentant l’école qu’un jour sur deux à apprendre à lire, écrire et compter à peu près correctement. Après tout, de quoi d’autre avait-il besoin pour découvrir le monde ?
    C’est ainsi que chaque jour, après l’arrivée des touristes et une fois fini son rôle de rabatteur, il s’installait sous un baobab séculaire qui lui servait de parasol et confectionnait de ses doigts habiles des estafettes (oui ces petites camionnettes chères à nos gendarmes et à nos artisans dans un passé pas si lointain !). Sa matière première ne lui coûtait rien : il récupérait les canettes de sodas, bières et autres boissons et, après les avoir découpées et en avoir aplati l’aluminium, il le façonnait avec dextérité lui donnant peu à peu la forme du petit véhicule.
    D’autres que lui vendaient ce type de fabrication locale typique des pays pauvres. Mais lui seul les fabriquait en public. Et en fin de journée, avant leur départ les touristes s’assemblaient sous le baobab pour le regarder travailler. Son petit commerce prospérait lentement mais sûrement et petit à petit ses économies s’accumulaient. Des pièces, puis maintenant des billets. Peu à peu son rêve prenait forme et il visionnait son futur chaque soir lorsqu’il rangeait précieusement ce qu’il avait gagné dans la journée.
    Un soir un groupe de touristes suisses venus pour la journée s’agglutina devant son échoppe de fortune où étaient exposées les estafettes multicolores.
    Parmi eux, un couple d’une petite cinquantaine d’années le regardait s’abîmer les doigts sur l’aluminium coupant et soudain, l’homme dans un anglais mâtiné d’accent vaudois lui dit :
    —Tu ne crois pas que ce serait plus facile avec ça ? en lui tendant un couteau suisse, modèle haut de gamme de la marque Victorinox …
    Surpris, Jahi s’arrêta. Il prit l’outil et l’examina sans trop savoir comment il pourrait lui être utile. Alors l’homme, voyant son embarras, reprit l’engin, en déplia une pince et lui montra comme on pouvait tordre le métal. Et celle-ci escamotée, il fit apparaître une paire de ciseaux propice à couper la tôle légère.
    Les yeux fixés sur l’outil, le gosse – qui voyait déjà toute l’aide et le temps gagné que lui procurerait un tel ustensile – n’eut pour toute réponse que deux mots :
    —How much ? (combien)
    Un large sourire s’esquissa sur le visage du Suisse qui lui répondit :
    —Mais il n’est pas à vendre ! Je te le donne.
    Jahi n’en croyant pas ses oreilles, se grattait la tête d’un air dubitatif…puis il ajouta :
    —Mais je ne peux pas accepter ! ça coûte une fortune un outil comme, ça !
    —OK lui répondit l’homme, on va faire un troc : Es-tu d’accord pour me l’échanger contre une de tes créations ? ajouta-t-il en désignant une estafette vert Heineken.
    Pendant ce temps les autres touristes étaient partis et avec eux l’espoir de faire de nouvelles ventes…
    —Alors, insista l’homme, OK pour le troc ? Et en plus si tu es d’accord et si tu nous indiques un restaurant et un hôtel où passer la nuit puisque notre bateau est parti sans nous, je t’invite à dîner avec nous.
    Là, Jahi n’en crut pas ses oreilles. Comment un touriste l’invitait à sa table ? Il rêvait, ce n’était pas possible ! Jusque-là les seules choses comestibles qu’un touriste lui avait données c’était un de ces petits sachets de graines rouges du baobab, friandises remplaçant les bonbons des petits européens, qui faute d’en avoir le goût très sucré présentent l’avantage de ne pas en avoir l’effet dévastateur sur la dentition. Personnellement, il n’en raffolait pas et déplorait qu’elles aient un effet laxatif quand il en mangeait trop…les jours où il n’avait rien d’autre.
    Le repas dans le meilleur restaurant du bourg où Jahi n’avait jamais mis les pieds que pour y accompagner des clients et recueillir sa maigre commission fut comme un rêve.
    Puis Jahi accompagna le couple à l’hôtel. Avant de rentrer, Michel, puisque c’est ainsi que se prénommait cet homme, lui demanda :
    —Jahi, serais-tu d’accord pour nous servir de guide demain et nous faire visiter tout ce qu’il y a à voir ? Bien sûr nous te paierons ta journée. Combien te rapporte habituellement ta journée de travail ?
    L’enfant hésita. C’était la première fois qu’on lui posait une telle question… Il réfléchit et pensa que répondre une vingtaine de shillings lui semblait honnête. Peut-être pouvait-il essayer trente ? Puis, il se ravisa. Non, pensa-t-il, je n’ai pas le droit de leur faire ça ! Ils ont l’air gentils et ce n’est pas parce que ce sont des touristes que je ne reverrai jamais qu’il faut abuser !
    —Vingt shillings ! ça va ? répondit-il timidement.
    —OK. Moi je t’en offre cinquante pour toute la journée ! Rendez-vous ici à 9 heures, ajouta Michel avant de rentrer dans le hall de l’hôtel. Geneviève, sa femme lui emboîta le pas, puis, se ravisant, fit demi-tour et vint embrasser l’enfant sur les deux joues.
    —Bonne nuit et à demain ! J’ai été ravie de te rencontrer !
    L’enfant, surpris par cette marque d’affection ne réagit pas, mais ressenti un sentiment bizarre. Comment un petit orphelin, élevé à la dure école de la vie africaine, aurait-il pu réagir ? il y a longtemps qu’il ne savait plus ce qu’était la chaleur d’un foyer et la douceur d’une maman…et plus exactement, en fouillant au fin fond de sa mémoire, il n’en avait même plus aucun souvenir et se demanda s’il l’avait jamais su…
    Le lendemain, à l’heure au rendez-vous, Jahi prit en charge ses clients un peu particuliers.
    La journée, commencée dans le parc marin, se poursuivit au restaurant. Pendant le repas, le couple ayant gagné sa confiance, Jahi se laissa aller à plus de curiosité. Il dit son émoi lorsque Geneviève l’avait embrassé et ajouta que leurs enfants avaient beaucoup de chance d’avoir une maman si attentionnée.
    —Nous n’avons pas d’enfants et bien sûr pas de petits-enfants, déplora Geneviève sur un ton attristé. Jahi en fut étonné, lui si habitué aux fratries nombreuses en ce pays où la bigamie est reine.
    La journée s’acheva par la visite des grottes. Évoquant le souvenir des esclaves et de leur triste sort, il se laissa aller à partager avec ceux qui étaient en quelque sorte presque de nouveaux amis, son rêve secret : quitter son île pour découvrir le monde !
    Surpris, Michel lui demanda :
    —Et si tu pouvais partir, tu voudrais aller où et pour y faire quoi ?
    Jahi le regarda d’un air dépité et resta coi, ne sachant que répondre. C’est vrai, pensa-t-il, si son envie de partir était devenue obsessionnelle, paradoxalement il n’avait aucune idée de là où aller, le monde était si vaste et il le connaissait si mal !
    Puis Michel enchaîna :
    —Aimerais-tu retourner à l’école et faire des études ?
    La question le surprit. Bien sûr qu’il aimerait retourner à l’école et apprendre, lui qui ne rêvait que de découvrir et d’accumuler des connaissances nouvelles…
    — Bien sûr ! Mais je n’ai pas le temps ! Il faut que je gagne ma vie !
    —As-tu déjà entendu parler de la Suisse ? C’est notre pays.
    —Oui, répondu l’enfant, des touristes m’ont déjà dit qu’ils venaient de là-bas, mais je ne sais pas où c’est…
    Michel, sortant son smartphone lui montra un petit pays minuscule au centre d’une carte en disant « C’est là. ».
    Puis il expliqua :
    —C’est un petit pays, certes, mais on y vit heureux. IL y a des lacs, des montagnes et de la neige en hiver, mais nos maisons sont bien chauffées pour contrer le froid.
    Aimerais-tu y venir pour étudier ? demanda Michel.
    Surpris par cette question et après un long silence, Jahi répondit des larmes de désespoir dans les yeux :
    —Bien sûr, je ne rêve que de partir, mais je n’ai pas gagné assez d’argent…
    —Mais nous nous en avons assez pour te payer le voyage et tes études, n’est-ce pas Geneviève ? lança Michel en se tournant vers sa femme.
    —Oui, c’est vrai ! Ce serait bien ! répondit-elle avec un large sourire.
    —Et comme nous n’avons pas d’enfant, un jour il faudra quelqu’un pour me succéder à la tête de l’usine familiale. J’y ai remplacé mon père et j’avais toujours pensé que l’un de mes enfants prendrait ma place. Malheureusement, Dame Nature ou Dieu n’a pas voulu que nous en ayons…ajouta l’homme avec nostalgie…
    Puis, il renchérit en souriant :
    -Tu sais, si tu acceptais de venir, tu ne serais pas enchaîné comme les esclaves ! Et si tu avais envie de partir ou que le mal du pays te prenne, je te payerais le billet d’avion pour revenir au Kenya ou partir ailleurs !
    Jahi regarda le couple, son regard passant de l’un à l’autre…il ne savait que répondre. Lui qui rêvait de partir loin, on lui offrait cette opportunité et il hésitait à l’accepter !
    —Je comprends que tu hésites, reprit Michel. Rassure-toi, nous ne voulons que ton bien !
    En quelque sorte, c’est encore une sorte de troc : nous t’offrons l’accueil dans une famille où tu n’auras rien d’autre à faire qu’à apprendre contre ton sourire, tes rires et ta jeunesse qui viendront égayer une grande maison bien triste sans enfant…Mais nous comprenons que tu hésites…
    Je te propose un deal : nous repartons en Suisse demain. Nous reviendrons dans deux mois. Si tu acceptes notre proposition, nous demanderons à notre ambassade de nous aider à réaliser toutes les formalités nécessaires puisque tu es mineur.
    Si tu n’acceptes pas, nous irons oublier notre déception dans les parcs de la Tanzanie voisine.
    Alors, à demain, viens nous dire au revoir à l’hôtel, nous prendrons le petit-déjeuner ensemble. Avant de partir, je te laisserai un téléphone. Comme ça tu pourras nous appeler si tu en as envie et si tu veux nous questionner sur le futur que nous voulons t’offrir.
    Le regard de Jahi se perdit dans le ciel où un vol d’oiseaux blancs se dirigeait vers l’Est. Prendrait-il bientôt la même direction dans un avion ? Il avait deux mois pour décider.
    Jahi partit presque à regret en serrant son couteau rouge à croix blanche dans sa main. Sans savoir que Michel faisait de même avec l’estafette verte.

  • marie-christine dit :

    Atelier écriture du 12/12/2020

    contraintes : estaffette, baobab, laxatif,parasol, héron .

    Chimamanda
    aéroport de Lagos 15 décembre

    Ele se laissa porter par le fleuve bruyant qui se dirigeait vers la sortie . Elle était à Lagos, au Nigéria . Elle en avait tellement rêvé !
    Elle aurait voulu sentir la joie d’être là mais , pour le moment, elle arrivait à peine à respirer : la chaleur, cette chaleur humide, elle l’avait oubliée et cette espèce de brume qui floutait le paysage et troublait son esprit autant que le décalage horaire, cette foule bigarrée et bruyante… elle flottait là au milieu de tous ceux qui rentraient pour Noël .
    On avait enlevé en riant manteaux, pulls et écharpes et tout se colorait. On s’interpelait, on gesticulait, ça parlait igbo, youba… elle sentait l’Afrique revenir en elle , elle reconnaissait le ciel, ses gros nuages gris, la poussière jaune, les bruits et les klaxons, les odeurs de fruits mûrs et de transpiration . Cette cacophonie, ce chaos joyeux, elle les (re)connaissait, elle retrouvait sa race, sa patrie .
    Elle cherchait avidement dans tous ces yeux noirs, ces sourires éclatants, ces coiffures colorées, le visage de sa soeur mais non, personne . Elle l’avait pourtant bien prévenue ! elle tenta d’appeler son père, son frère, son cousin mais son portable sonnait désespérément dans le vide . Rien ne marchait au Nigéria, elle le savait .
    Il fallait donc trouver un taxi ; il y en avait de toutes les couleurs… Pour Uguda, on lui indiqua une Estafette verte déjà bien chargée : au moins dix personnes plus les paniers, des valises, de faux Vuitton, de vraies Nike… on lui fit une place, une petite place… et déjà l’Estafette démarrait crachant son nuage pollué . Chamamanda arrivait.
    Le Nigéria, elle n’y était pas retournée depuis plus de deux ans . Partie avec en poche un diplôme d’informatique et une bourse pour une école de communication aux Etats Unis…. Le Rêve !!! Heureuse, volant vers un avenir lumineux, elle avait donc quitté le Nigéria . Elle en avait assez de la pagaille, de la corruption, de l’inquiétude… l’Amérique elle la voyait grande, ouverte, démocratique, égalitaire , autant de mots qui n’avaient pas beaucoup de sens ici . Depuis…elle avait fait la part des choses, un sérieux tri entre les images et les réalités . Là-bas, ellle avait rencontré d’autres embûches, d’autres mystères, subi des vexations, des injustices et ni son courage, ni son esprit brillant, ni sa patience, ni sa beauté hautaine ne lui avaient permis d’ouvrir grand les portes américaines . Surtout, elle avait pris conscience de sa couleur, du sens et de l’importance de sa couleur : le noir aux US n’est pas toujours facile à porter …. Où était sa place maintenant ??
    Dans l’encombrement, à travers les vitres du minibus, elle regardait avidement les quartiers de la périphérie : des immeubles flambant neufs cotoyaient des maisons délabrées – un promoteur ne tarderait pas à s’en occuper – , des marchands ambulants étalaient fruits et légumes sous des parasols muticolores, parfois la lourde silhouette d’un baobab se dessinait au loin, des enfants jouaient au ballon ave le maillot de Messi ou de Neymar, un monde vivant et gai .
    Mais pourquoi personne n’était-il venu la chercher à l’aéroport ? Elle imaginait mille raisons du simple oubli à la pire catastrophe …
    Le taxi finit par la poser à l’angle d’une rue, dans la poussière, elle et ses valises. Ses parents n’habitaient pas loin ; un quartier modeste, un immeuble neuf d’il y a trente ans qu’ils n’avaient jamais quitté . Autour, des animaux déambulaient dans l’herbe rare : des poules, un paon qui faisait bêtement la roue perché sur un toit, quelques hérons venus du marigot, un chien … Elle reconnaissait son quartier .
    Puis, il y eut des appels, des cris de joie, les parents, des cousins, des tantes, des voisins…finalement ils étaient tous là pour de bruyantes retrouvailles . Et sa soeur arriva, levant les bras au ciel « Chimamanda, ma soeur, ça fait trois heures que je t’attends à la gare routière et ton téléphone qui ne répond pas….j’ai cru mourir ! »
    On la touchait, on riait, on la questionnait « tu as une belle voiture là-bas « , « tu as un appartement avec la clim? », « tu manges des hamburgers ? », tu as un petit ami? », « tu es allée à Hollywood ? », « tu trvailles pour l’université ? »
    On lui fit ouvrir ses valises, les yeux brillaient, chacun avait passé une commande voyant en l’Amérique une abondance sans fond : une cravate Ralph Lauren, un parfum Chanel, des crèmes pour la peau, une montre qui donne les battements du coeur, des CD, une poupée toute rose etc …etc…. et même un laxatif pour tante Ursule qui avait lu qu’aux US les médicaments sont bien plus efficaces qu’en Afrique ! Tout fut déversé au milieu du salon .
    Ce jour là, au Nigéria, le Père Noël n’avait pas une hotte mais de grandes valises
    Ca sentait bon, ça sentait les épices, la soupe afang, le jollof et le gâteau Moimoi : les mères, les tantes, les soeurs étaient en cuisine depuis trois jours et Chimamanga sut que sa place était là .

  • Marc dit :

    Ysengrin était un loup que ses congénères rejetaient. Ils l’accusaient de complicité avec les redoutables hominidés seulement parce qu’il avait grandi parmi eux et avait été lâché pour honorer une campagne de repeuplement du monde sauvage. Bien sûr il n’avait pas été élevé sur une plage à l’ombre d’un parasol et il avait gardé son terrible instinct de chasseur. Mais ce que ne pouvaient comprendre les autres loups de la meute fut qu’il connaissait toutes les ruses des humains mais aussi tous les avantages qu’on pouvait en tirer. Il était donc plutôt solitaire mais la solitude lui convenait bien. Il se nourrissait de lapins, de petits chevreuils. Pour Noël, il s’était même offert un héron mais les plumes avaient gâché son festin. Par contre il évitait les agneaux des bergers car il savait leurs représailles mortelles. Pourtant le garde-manger était abondant et délicieux dans ces montagnes pyrénéennes. Beaucoup avaient choisi la facilité mais l’avail payé de leur vie, même en partant se terrer au plus profond de la hêtraie montagnarde. Ces arbres d’âge respectable, gros comme des baobabs, qui instillaient une pénombre salvatrice, plantés dans des pentes vertigineuses ne les dissuadaient pas de mener la chasse. De ne jamais déroger à ses règles alimentaires, de flairer tous les pièges, il devint le doyen de la meute. Ses longues randonnées été comme hiver, depuis les crêtes enneigées jusqu’aux abords des fermes isolées et endormies lui conférèrent une sagesse et une connaissance jubilaire des habitudes des hommes, leurs chemins différents des siens, leurs horaires et leurs faiblesses.
    Un jour lors d’une de ses pérégrinations dominicales, il entendit une plainte: humaine sans l’ombre d’un doute. Son flair confirma son intuition. Il s’approcha précautionneusement. Il fit dix fois le tour du lieu pour s’assuser que cet humain était bien seul. Il le vit immobile, en contrebas d’un sentier que les hommes utilisent habituellement. Il sentit le sang, preuve qu’il était blessé et qu’il ne pouvait bouger pour l’atteindre et représenter une menace. En d’autres circonstances, notamment de disette, il l’aurait dévoré tout cru. Là il s’avança, calmement : l’homme qui s’aperçut de sa présence resta impavide. Ysengrin et lui restèrent un long moment les yeux dans les yeux. Toute crainte de part et d’autre fut dissipée. Le loup fut bientôt contre l’´homme. Il renifla la plaie sanguinolente qu’il se mît à lécher consciencieusement. L’homme se laissa faire puis au bout d’un moment caressa l’animal avec douceur. Ysengrin fixa le berger une dernière fois et s’échappa. Il rejoignit la plus proche cabane où il fut sûr de croiser des humains. Mais comment leur expliquer?
    Il se fit beaucoup moins discret que sa sagesse le recommanderait. Bientôt les chiens se mirent à aboyer, les quelques brebis présentes montrèrent de la nervosité et des hommes apparurent. Il s’attaqua ostensiblemt à un agneau chétif en prenant soin de ne pas le blesser. La réaction humaine ne se fit pas attendre. Ils se mirent à sa poursuite, l’un d’eux avait même eu le temps d’empoigner un fusil. Ysengrin s’arrangea pour rester hors de portée tout en restant visible pour les inciter à poursuivre la traque. Il lui fallait jouer les estafettes sans recevoir un plomb.
    Par deux fois ils donnèrent le sentiment d’abandonner. Par deux fois ysengrin dut se découvrir plus que la prudence ne le permettait, mais les plombs tirés ne l’atteignirent pas. Par contre, leur fierté narguée les poussèrent à persévérer. Jusqu’au blessé. En passant près de lui, ysengrin échangea un clin d’oeil et s’enfuit cette fois-ci sans laisser de trace, partit vomir comme si la peur était un puissant laxatif.
    La violence n’est pas une fatalité.

  • BF dit :

    Merci à tous pour vos participations variées ! Des histoires à raconter le soir du réveillon… on se retrouve l’année prochaine, en espérant que ce soit à la médiathèque…

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.