Atelier d’écriture en ligne

C’est parti pour une nouvelle séance d’écriture ! Voici ce que vous propose Sophie aujourd’hui :

A partir du texte de Raymond Queneau (Exercices de style) ci-dessous, développez et imaginez une histoire.

« Dans l’S, à une heure d’affluence. Un type dans les vingt-six ans, chapeau mou avec cordon remplaçant le ruban, cou trop long comme si on lui avait tiré dessus. Les gens descendent. Le type en question s’irrite contre un voisin. Il lui reproche de le bousculer chaque fois qu’il passe quelqu’un. Ton pleurnichard qui se veut méchant. Comme il voit une place libre, se précipite dessus.
Deux heures plus tard, je le rencontre cour de Rome, devant la gare Saint- Lazare. Il est avec un camarade qui lui dit : « Tu devrais faire mettre un bouton supplémentaire à ton pardessus. » il lui montre où (à l’échancrure) et pourquoi. »

Vous avez deux heures !

Si vous le souhaitez, vous pouvez déposer vos contributions dans les commentaires. Amusez-vous bien !

Et en prime le flip-book réalisé par la talentueuse Marie Paccou sur le livre.

2 commentaires

  • Marc dit :

    Je le reconnais sur-le-champ. Le grand type dégingandé, mal dans sa peau qui invective tout être humain osant le frôler dans ce bus bondé. Un brusque coup de frein devant un cycliste inconscient ou téméraire, un coup de volant intempestif pour éviter une automobile nonchalante et les passagers déjà ballottés comme sur la Manche force dix se retrouvent projetés les uns sur les autres dans un chablis inextricable. Mon type, solidement arrimé à la poignée réglementaire, maudit son prochain qui lui écrase les arpions, prend ostensiblement les voisins à témoin de leur indélicatesse fautive puis l’agonit d’insultes.
    A chaque arrêt, même cinéma: ça se bouscule à la montée, ça le rudoie à la descente. Et chaque bougre a droit à son jeu d’acteur bien rodé. C’est tantôt un martyr pleurnichard, un lord snobinard déshonoré, un titi, mégot au bec, genre « tu vas voir ce qu’on va voir » ou une girafe blessée à laquelle sa silhouette difforme fait immédiatement penser. Pourtant je note sur mon calepin cérébral qu’il n’y a que lui à subir les affres d’un démon de la cohue. Partout ailleurs c’est la politesse de mise, « pardon monsieur, y a pas de mal ma p’tite dame ».
    A Spie-Batignolles, gros brassage. Tout le monde descend ou presque, sauf lui. A chaque bonhomme, un nom d’oiseau ; toute la volière du parc ornithologique y passe. Mais son manège n’échappe pas à un œil aussi affûté que le mien. C’est lui cogne Madame, qui malmène Grand-père. « Le vicieux » me souffle dans l’oreille interne mon Geminy Criquet.
    Alors je ne pouvais pas l’oublier. Même deux heures plus tard. Même à l’autre bout de Paris. Même perdu dans la foule de la cour de Rome qui s’engouffre dans la gare saint Lazare. Même dans sa redingote passe-partout d’où émerge le long porte-chapeau de cow-boy qui lui sert de tête. Mais là ce n’est plus le grand fier qui joue les gros durs. Il fait profil bas devant un nabot qui lui arrive à la ceinture. Et je vous laisse deviner le comique de la situation : une grande perche pliée en 4 devant un nain plus large que haut.
    Mon type enlève sa redingote, et l’autre l’enfile. Le fringue ample avant boudine son nouveau propriétaire et lui sert de balai à poussière ou de ramasse-crottes sur le trottoir. Il s’echappe, remonte la rue de Rome. Je lui emboîte le pas. Par curiosité. Mon train pour Rouen attendra. Ou pas. Tant pis, j’irai voir ma grand-mère une autre fois. Il bifurque rue de Naples, beaucoup moins passante. Son morlingue choie et disparaît dans l’avaloir. Sans même l’émouvoir. La ruelle suivante, même scénario. Le type ne s’est aperçu de rien. Dans la venelle d’après, il s’arrête, sort encore un portefeuille, en extrait quelques papiers dignes d’intérêt et le jette ensuite dans une poubelle. Je ramasse l’orphelin. La gueule d’ange sur la photo prouve sans contestation que ce n’est pas le sien.
    Après les deux suivants, je n’ai plus aucun doute. Le gars compte le butin de son pickpocket et se débarrasse des preuves. Je lui file le train, à distance, on ne sait jamais. Tout en marchant, je cogite: est-ce que je la joue gros dur « fifty-fifty ou je te balance » ou portrait robot au commissariat contre récompense? J’évalue le plus rentable tandis que le type accélère le train. On redescend la rue de Rome au pas de course, Dans la gare, je l’ai perdu de vue. Je l’aperçois courir sur le quai. Le train pour Pontoise roule déjà. Le petit gros est plus leste que je l’aurais imaginer. D’un petit bond sur le marchepied, il est dans le train.
    Et moi je n’ai que mes yeux pour voir ma rente du mois s’envoler. J’ ai même perdu la pièce que m’aurait filée ma grand-mère pour ma petite visite. « Chienne de vie ». Je reprend l’S pour Montrouge. Le bus est désert, ça ne se bouscule plus.

  • BF dit :

    Un peu tardivement, je salue votre participation Marc ! Belle variation ! Merci !

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