Atelier d’écriture (en ligne)

Voici la contrainte proposée aujourd’hui par Sophie Pavlovsky :

A partir de ce tableau imaginez …

Soit vous sortez de la forêt et vous découvrez le lac, soit vous venez d’accoster. Que s’est-il passé avant ?
Amusez-vous bien, n’hésitez pas à laisser vos contributions en commentaires !

9 commentaires

  • Marc dit :

    Je m’arrête sur-le-champ, stoppé net par cette eau calme et sereine propre à apaiser l’excitation mêlée de peur qui m’étreignait. Un silence m’enveloppe qui contraste avec le remue-ménage des branchages que j’avais écarté dans ma course folle, le bruissement des feuilles ballotées et le vacarme des cailloux déplacés dans ma fuite. Puis le halètement de mon essoufflement qui me submerge rompt l’anxiété de ce silence et dissipe l’idée qu’aucun bruit dissimule le mystère d’un péril imminent et destructeur.
    Puis me parvient l’écho assourdi de l’aboiement des chiens lancés à ma poursuite. Rapide retour à la réalité de ma précaire situation après cette courte et bienfaisante pause. M’avait-elle rendu clairvoyance et pertinence? Peut-être. Les circonstances m’incitent à fuir. Vers l’ouest. Face au soleil de cet bel après-midi estival. Vers l’inconnu. Est-ce la meilleure option? Et que faire là, maintenant, pris au piège lacustre qui se présente devant moi?
    Me livrer et endurer les furieuses représailles des sbires lancés à mes trousses? Me cacher dans les broussailles les plus touffues avec le maigre espoir d’échapper au flair de leurs chiens? Plonger et mettre de l’eau entre leur odorat et moi? Non je ne sais pas nager et je refuse le linceul certes magnifique que m’offre cet immense et profond lac. Je n’ai pas encore renoncé et choisi la paix qu’offre la mort.
    Prendre la barque que je ne saurai manœuvrer signera mon forfait et montrera la piste de ma fuite. J’ai encore avec moi le lapin piégé dans le collet que j’ai posé cette nuit et que j’ai récupéré ce matin. Je ne me résous pas à abandonner mon butin ce qui pourtant m’innocenterait. La vision de mes misérables parents, de mes frères et sœurs faméliques m’obsède et je dois leur ramener le trésor qui leur procurerait une immense joie, leur redonnerait l’espoir de survivre à leur indigente situation. Tout aurait été si simple si j’étais rentré à l’aube, tout au bonheur de ma prise de chasse avant qu’un pauvre bougre, jaloux de ma proie ne me dénonce à notre seigneur et maître, pourtant seul responsable de notre misère. De la mienne mais aussi de la sienne. Et ce sont ses gens, ses chevaux et leurs chiens qu’il me pourchassent maintenant. Je ne me résous pas à abandonner. Pas encore. Si je renonce, j’aurais le sentiment de condamner ma famille et tous les manants à la misère éternelle. Et d’accepter cette monstrueuse injustice. Alors qu’il serait si simple de partager tout ce gibier qui nous nargue et qui finit dans l’opulence surabondante des festins de notre seigneur et de sa cour. Qui nous laisse qu’une maigre part de notre récolte, prix dérisoire de notre labeur, de notre sueur, insuffisante à nourrir notre maisonnée et qui s’octroie la grosse part sans fatigue, juste celle de nous effrayer de ses armes et de ses sbires.
    Alors peut-être cacher la barque et faire croire à mon évasion, au renoncement de sa protection mais aussi aux miens pour tenter une vie aventureuse dans une autre seigneurie avec des maîtres plus généreux si ça existe. Et m’immerger totalement, sans bouger, dans l’eau, sous l’eau, avec juste un roseau pour respirer et déjouer le flair de leurs chiens.
    Mais vivre dorénavant comme un clandestin, comme si je n’existais plus, un fantôme sans dignité, abandonnant l’essence même l’âme humaine. Et condamner les miens et tous les manants à la soumission, l’esclavage jusqu’à une hypothétique révolte libératrice?

    • BF dit :

      Quel suspense ! Et alors ???? Que lui arrive-t-il ?

    • Rodriguez dit :

      Marc je n’ai aucune lecon a donner mais il me semble que dans votre texte il y a plusieurs grosses fautes
      Effrayer par et non de
      Je ne saurais
      Branchages que j avais ecartes
      Qui ne nous
      Avant que nous ne
      Le texte est super
      Participez vous au concours «un jour de trop»?
      Catherine de Bordeaux

  • OMC dit :

    (librement inspiré du « Grand Meaulnes »)

    J’étais allé pêcher au Cher; au retour, j’ai traîné ,
    forêts humides et silence des ombres, sentiers familiers , souvenirs du passé ,
    cette barque échouée , les bords de cet étang
    sombres et déchirants .
    Et je revois ce jour , le jour de notre fête, jour d’été lumineux où nous étions tous là .
    Images de clarté et de soleil doré , impressions de bonheur,
    de rires et de jeux, d’amitié, de chaleur et les robes qui dansent
    et les filles jolies .
    Maintenant, je frissonne
    Je frissonne au regret de cette joie passée,
    à cet écho muet de nos instants pastels .
    Je frissonne du froid de ma vie qui s’ écoule.
    Augustin est parti et les couleurs aussi,
    ne reste que le gris
    et la mélancolie, des rêves disparus .
    L’étang est là, transi , trop gris pour y plonger,
    un étang où pleurer .

  • Christian dit :

    J’arrivai enfin au bord du lac . C’est l’objectif que je m’étais fixé. Un kilomètre, puis deux, puis quatre et aujourd’hui à peu près cinq. Pas trop mal pour quelqu’un qui venait de subir une opération des ligaments croisés du genou, un mois auparavant. A ce rythme là, je n’allais pas tarder à endosser à nouveau le maillot de l’USSP..
    J’aimais cet endroit, ce lac aux eaux paisibles avec son île tout au milieu. Quel endroit féerique! C’est alors que j’aperçus la barque de « l’Ermite ». Que faisait-elle accrochée à la berge, de ce côté-ci? Jamais l’Ermite ou quelque autre membre de sa famille ne traversait le lac.On les apercevait parfois à bord de leur embarcation faisant le tour de l’île pour vérifier que personne ne s’était aventuré sur leur territoire. Mais ici, au pays, tout le monde savait que deux molosses en gardaient les berges et personne n’avait envie de se faire dévorer par ces deux monstres.
    On disait que l’Ermite avait été ingénieur dans une autre vie. Il avait acheté cette île dix ans auparavant. Et depuis, lui et sa famille vivaient là, en autarcie complète, en parfaite autonomie. La mère, ancienne institutrice, faisait elle-même la classe aux enfants, deux filles de dix et sept ans et un petit garçon de quatre ans. Personne n’avait plus mis les pieds sur l’île, hormis un Inspecteur de l’Education Nationale accompagné de deux gendarmes, venus vérifier si les enfants n’étaient pas maltraités et s’ils bénéficiaient d’un enseignement correct.
    Qu’est-ce qui avait donc pu décider l’Ermite à traverser le lac? Je m’approchai avec précaution de l’embarcation parfaitement amarrée à la berge. Personne… Les rames étaient relevées, la barque paraissait en parfait état.
    Je m’apprêtais à repartir lorsqu’un léger bruissement attira mon attention. Je m’approchai du buisson d’où venait le bruit et je vis sortir une espèce de sauvageonne, noire de terre et de soleil, visiblement gênée de se retrouver là, face à moi… L’enfant semblait pourtant faire des efforts pour surmonter sa peur et s’approchait de moi avec timidité et méfiance. Je souriais pour la rassurer.
     » Bonjour, petite, comment t’appelles-tu? Et que fais-tu là?
    – Je m’appelle Louane. Mes parents; ma soeur, mon petit frère… ils sont tous malades, ils vont mourir. Je crois que c’est à cause des champignons. Moi seule n’en ai pas mangé. Mon père m’a interdit d’aller chercher de l’aide mais je ne lui ai pas obéi. Vous ne lui direz pas que c’est moi qui suis venue vous avertir, c’est promis? »
    Je promis. Là-dessus, la petite, avec une force et une habileté surprenantes, décolla la barque de la berge, sauta dedans, attrapa avec vigueur les rames qui semblaient pourtant bien trop lourdes pour elle et s’éloigna rapidement pour rejoindre l’île.

    L’Ermite, dans un état semi-comateux vit arriver les secours sans trop comprendre comment tous ces gens avaient pu savoir qu’ils s’étaient intoxiqués. Toute la famille fut sauvée.

    Les enfants fréquentent à présent l’école et le collège du village, la femme vient parfois vendre quelques légumes sur le marché, seul l’Ermite ne sort toujours pas de son île. Mais il n’a pas remplacé les deux molosses lorsqu’ils sont morts. On dit même qu’il ferme les yeux lorsqu’il aperçoit quelques jeunes du village traverser le lac à la nage pour venir profiter des petites plages désertes de l’île.
    J’ai croisé un jour Louane à la sortie du collège. Elle m’a souri et j’ai compris à son regard qu’elle m’était autant reconnaissante d’avoir gardé le secret de sa désobéissance que d’avoir envoyé les secours.

Leave a Comment

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.