Mal de pierres – Milena Agus

Un livre étonnant, délicieux et intense, ode à la puissance de l’imagination, et qui semble fait pour illustrer cette phrase à laquelle j’ai pensé immédiatement en le refermant (elle est de Proust, hum, j’ai dû aller vérifier) : « la vraie vie, la vie enfin découverte et éclaircie, la seule vie par conséquent pleinement vécue, c’est la littérature ». Quel bonheur d’être surpris par un livre, non ? Mal de pierres fut pour moi une bien belle surprise. Sa lecture est un enchantement. Une petite fille y raconte sa grand mère : la Sardaigne, la famille, le mariage obligé avec un homme … Continuer à lire → Continuer à lire →

La petite femelle – Philippe Jaenada

Je n’avais jamais entendu parler de Pauline Dubuisson avant de lire le pavé de Jaenada (715 pages quand même). Celle qui lors de son retentissant procès en 1953 fut taxée à l’envie de cruelle, froide et calculatrice, apparaît surtout comme une jeune femme contradictoire (humaine, quoi), à la fois fragile et courageuse, réservée et sexuellement libre. Et très malmenée par la vie. Sur la photo de couverture elle a 24 ans, et elle se remet tout juste d’une tentative de suicide au gaz, qu’elle a commise après avoir tué son ex-petit ami de trois balles de revolver. Nous sommes en … Continuer à lire → Continuer à lire →

Carthage – Joyce Carol Oates

Le dernier roman de la prolifique romancière : un faux-polar magistralement construit autour de la dissolution d’une famille, les conséquences psychologiques de la Guerre d’Irak, la peine de mort. Névroses et naïveté ordinaires aux Etats-Unis. Joyce Carol Oates me fascine. A la manière des monstres un peu : elle publie un, voire deux livres par an (tous ne sont pas traduits en français, loin de là), surtout pour les adultes (romans et nouvelles), mais aussi pour les ados, elle écrit également des essais, et de nombreux polars sous pseudos… quand elle ne donne pas des cours à l’Université de Princeton. … Continuer à lire → Continuer à lire →

Neverhome – Laird Hunt

Durant la guerre de Sécession (le conflit le plus meurtrier des Etats-Unis : entre 650 et 750 000 morts), Constance quitte sa ferme de l’Indiana, s’habille en homme, et part combattre à la place de son mari dans les rangs de la République. Parce qu’elle est plus forte et plus résistante que lui, parce qu’il faut y aller, parce qu’elle rêve d’aventure et de liberté, « boire à d’autres sources, éprouver d’autres chaleurs ». D’autres raisons, moins évidentes, plus subtiles, apparaîtront au fil du roman. Roman historique très documenté (plus de 400 femmes ont ainsi combattu travesties, pour les Confédérés comme l’Union) … Continuer à lire → Continuer à lire →

Amours

  Un livre qui parle d’amour moi j’y vais. Mais aïe, ça commence par un viol : ce sont des choses qui arrivent, entre un notaire et sa jeune bonne, dans les maisons bourgeoises du début du siècle. Mépris des corps, méconnaissance du plaisir, assujettissement féminin, corsets et bienséance : peu ou pas de tendresse entre ces personnages, mais maladresse, hâte, violence. Jusqu’au moment où l’enfant tant attendu, la descendance enfin assurée, sera donnée par Céleste, la bonne bien nommée. Et avant toute autre, c’est la révolte des corps que cet enfant va susciter. Il va révéler tous ces amours, … Continuer à lire → Continuer à lire →

Mudwoman

[à partir de dorénavant, les partages de lecture de BF deviennent des recommandations lapidaires, sur le modèle de « les quenelles Petitjean, c’est bon, mangez-en ». Avec plaisir.] Prodigieux portrait de femme +  immersion psychotique = super Mudwoman / Joyce Carol OATES  – R OAT Continuer à lire →

La fille surexposée

La fille surexposée : elle est nue, de profil, sur une photo dont la luminosité donne à sa peau l’éclat du métal, elle (sa photo) est le point de départ et le point central du récit. Surexposée par le photographe et surtout surexposée aux yeux du monde (des hommes surtout) : c’est une fille du Bousbir, quartier de Casablanca réservé à la prostitution durant la période coloniale (réservé, enfin, surtout aux soldats et aux colons, hein) et dont la photo, comme celle de beaucoup de ses camarades, circulera sous forme de cartes postales jusqu’en Europe, alimentant une imagerie de l’érotisme … Continuer à lire → Continuer à lire →

Edith Wharton, once again : Eté

Après la rigueur de l’hiver d’Ethan Frome, plongez dans la chaleur accablante d’Eté. Se déroulant dans la splendeur et la langueur d’un été à la campagne en Nouvelle-Angleterre, ce court roman est un incroyable mélange, qui emmène le lecteur avec maîtrise vers une fin tragique, dans ce style précis, alternance d’une vision acérée et sans complaisance, et d’un lyrisme retenu, presque minimaliste, que je trouve d’une justesse frappante. La jeune Charity, fille adoptive d’un avocat, homme un peu médiocre, va vivre l’été qui  donnera à sa vie une orientation irréversible. Vive, spontanée, rayonnante, pleine de désir, aimant la nature (dans … Continuer à lire → Continuer à lire →

Certaines n’avaient jamais vu la mer

Pris en charge, de manière au prime abord assez surprenante, par un « nous » collectif, le récit est une sorte de choeur, et tout en me demandant si j’aimais oui ou non cette manière de faire, j’avais lu la moitié du livre sans m’en rendre compte, tant la narration est rapidement envoûtante. Ce « nous », c’est la voix de toutes ces jeunes femmes japonaises mariées par correspondance au début du 20ème siècle à des japonais résidant aux Etats-Unis, et qui loin d’être les banquiers ou les médecins décrits dans leurs lettres, se révèlent des êtres frustres, brutaux, souvent alcooliques, pour qui elles … Continuer à lire → Continuer à lire →

Par-dessus le bord du monde

Georgie Jutland, quarante ans, infirmière ayant laissé tombé sa carrière, mariée à un pêcheur de langouste de la (même) côte ouest Australienne, se sent passer « par-dessus le bord du monde » et  épuise ses nuits à surfer sur le net en buvant de la vodka. Elle va rencontrer Luther Fox, ex-musicien au passé en miettes, qui braconne en bas de chez elle. Ils vont s’accrocher l’un à l’autre comme des naufragés pour tenter d’arrêter leurs dérives respectives. Beaucoup plus romanesque que ce que j’ai pu lire de Tim Winton auparavant, moins ramassé, mais tout aussi terriblement juste et touchant, ce roman … Continuer à lire → Continuer à lire →